La fondation de la Macédoine par Hérodote

La fondation de la Macédoine par Hérodote

“L’un des ancêtres d’Alexandre, son aïeul au sixième degré, est ce Perdiccas qui s’empara du pouvoir en Macédoine, voici comment : d’Argos, trois descendants de Téménos, trois frères, Gauanès, Aéropos, et Perdiccas, s’enfuirent en Illyrie, puis ils passèrent les montagnes, entrèrent en Haute-Macédoine et gagnèrent la ville de Lébaia. Là, ils louèrent leurs services au roi du pays, et l’un gardait les chevaux, l’autre les bœufs, le plus jeune, Perdiccas, le petit bétail. La femme du roi préparait elle-même leur nourriture (car en ces temps-là les souverains eux-mêmes ne connaissaient pas l’opulence, pas plus que leurs sujets). Or, lorsqu’elle faisait le pain, la miche destinée au garçon, leur domestique, doublait régulièrement de volume ; comme c’était chaque fois la même chose, la reine en informa son mari. Averti, le roi eut aussitôt l’idée qu’il y avait là quelque prodige et l’annonce de choses graves : il fit venir ses trois serviteurs et leur intima l’ordre de quitter le pays ; les autres réclamèrent leurs gages, en protestant qu’il était juste qu’ils fussent payés avant de s’en aller. Alors (un rayon de soleil pénétrait justement dans la maison par le trou ménagé dans le toit pour la fumée) le roi, en entendant parler de salaire, s’exclama, égaré sans doute par un dieu : « Votre salaire ? Je vais, moi, vous donner celui que vous méritez : tenez ! » et, ce disant, il leur montrait la tache de soleil. Gauanès et Aéropos, les aînés, en restèrent tout interdits, mais le garçon, qui avait un couteau sur lui, répliqua : « Nous acceptons, seigneur, ce que tu nous donnes », et, de son couteau, il traça sur le sol les contours de la tache du soleil, après quoi il fit à trois reprises le geste de puiser du soleil et de le verser dans le pli de sa tunique, puis il s’en alla, et ses frères avec lui.

Ils partirent donc, mais quelqu’un, dans l’entourage du roi, attira son attention sur l’acte du garçon et la manière judicieuse dont lui, le plus jeune, avait pris possession de ce qu’on lui offrait. Le roi, en l’écoutant, s’irrita fort et lança sur leurs traces des cavaliers chargés de les tuer ; mais il est un fleuve dans le pays auquel les descendants des trois frères d’Argos offrent encore des sacrifices comme au sauveur de leur race, car ses eaux montèrent si haut, dès que les Téménides l’eurent passé, que les cavaliers furent incapables de le franchir. Les trois hommes gagnèrent une autre région de la Macédoine où ils s’installèrent, près des jardins qui sont, dit-on, ceux de Midas, fils de Gordias – là poussent des roses sauvages qui ont soixante pétales, et un parfum plus suave que toutes les autres roses, c’est également là disent les Macédoniens, que Silène fut un jour capturé. Au-dessus de ces jardins s’élève une montagne appelée Bermion ; il y fait si froid qu’on ne peut la gravir. Maîtres de cette région, les Téménides étendirent ensuite leur pouvoir sur le reste de la Macédoine.”

La Macédoine antique (1/2)

La Macédoine antique (2/2)

La Macédoine antique (2/2)

La Macédoine antique (2/2)

E. Larnax (cercueil) de Philippe II de Macédoine.

Du VIIème au Vème siècle : la période des deux guerres.

Comme nous l’avons mentionné dans la première partie, la zone géographique de la Macédoine moderne était sujette à d’incessantes guerres dans l’Antiquité. Polyen15 rapporte une guerre entre la tribu illyrienne des Taulantiens et les Macédoniens lors de la première moitié du VIIème siècle. Au VIème siècle les Thraces et les Illyriens ravagèrent la Macédoine sous le règne d’Aéropos, celui-ci parvint finalement à les chasser. C’est l’arrivée des Perses (Achéménides) qui mit temporairement un terme aux conflits internes. En effet, le royaume de Macédoine devint, sous Amyntas, vassal de l’empire Perse de Darius. C’est sous le règne d’Alexandre 1er, fils d’Amytnas, que débutent les guerres médiques (490 à 479). Les Grecs et les Macédoniens s’unirent pour défaire les Achéménides. Alexandre 1er joua un rôle important dans cette lutte ; il agit comme médiateur entre le monde grec et le monde perse, fournissant des informations aux Grecs pour remporter des victoires. À la fin de la guerre contre les Achéménides, la Grèce connut alors un âge d’or : la période classique. La culture grecque fut en pleine effervescence ; à Athènes, la démocratie est mise en place, des penseurs et des philosophes virent le jour ; elle fut aussi l’époque des dramaturges (Eschyle, Sophocle, Euripide). Cet élan aura une importance cruciale pour ce qui allait suivre, notamment par l’influence de la civilisation grecque dans les régions limitrophes. Après la guerre du Péloponnèse opposant Athènes et Sparte (431 à 404), la culture grecque connait une période de décadence. Parallèlement, les tribus dites « barbares » se développent, elles deviennent politiquement et militairement puissantes et les colonies grecques ne sont plus acceptées comme auparavant. C’est dans cette dynamique que se démarquent les Épirotes, les Illyriens et les Macédoniens, qui forment aussitôt des royaumes mieux organisés.

15. Écrivain macédonien du IIème siècle après J-C.

Du IVème siècle à la mort de Philippe II (336)

Après les guerres médiques et la guerre du Péloponnèse, les guerres fratricides des peuples barbares purent reprendre leur cours. C’est par ailleurs le roi de la tribu illyrienne des Enchéliens, Bardylis (Bardhyl, en albanais) qui ouvra les hostilités. Il domina les autres tribus illyriennes, formant ainsi le royaume d’Illyrie et faisant de Shkodër la capitale de son fief. En 383, Bardylis conquit l’Épire puis finalement la Macédoine de Amyntas III. Ce dernier, pour un traité de paix en vint à épouser Eurydice, une princesse illyrienne. C’est le fils né de l’union de ces derniers : Philippe II de Macédoine qui parviendra à reconquérir son Royaume. C’est par ailleurs au combat contre Philippe II que Bardylis est tué en 356. On suppose que c’est à ce moment-là qu’est fondé le royaume de Dardanie. À la mort de Bardylis, le royaume illyrien est réduit. C’est le fils de ce dernier, Clitos, qui hérita de la Dardanie. Conernant Philippe II, celui-ci nourrit les mêmes intentions d’expansion que Bardylis. Après avoir soumis une partie de la Thrace et de l’Illyrie, il parvint à conquérir la Grèce et imposa la ligue de Corinthe16 lui assurant son hégémonie sur le monde grec. Philippe II devint le porte-drapeau de l’hellénisme et adopta la koinè, la langue commune des grecs. Alors qu’il préparait une campagne pour envahir l’empire Perse, il est assassiné par un de ses officiers. Pour son fils, Alexandre III (le Grand) : les portes lui sont ouvertes pour accomplir le dessein de son père. Voici ce que nous dit Diodore de Sicile sur Philippe II :

« Philippe fut roi des Macédoniens vingt-quatre ans et après avoir connu des débuts très modestes il fit de son royaume le plus grand de tous en Europe ; il avait reçu la Macédoine esclave des Illyriens et se rendit maître de nombreux et grands ethnè et cités. […] Quand il eut conquis par la guerre Illyriens, Péoniens, Thraces, Scythes et tous les ethnè dans leur voisinage, il projeta de renverser l’Empire perse. »

 (P. 164-165 – Citation de Diodore de Sicile par Pierre Cabanes) – Les Illyriens, de Bardylis à Genthios (IVème-IIème siècle avant j-C).

Rappelons que pendant la guerre du Péloponnèse, les régions barbares se fortifièrent. En Macédoine, c’est Archélaos 1er qui développa son armée et construisit des routes nous apprends Hérodote. Avec l’arrivé de Philippe II au pouvoir, le royaume de Macédoine se dota d’un autre visage. Même si Alexandre le Grand fera du royaume de son géniteur un empire, Philippe II restera le père symbolique de la Macédoine antique. Les sources historiques à son sujet abondent davantage et c’est son royaume qui représente aujourd’hui par ce qu’on entend être la Macédoine de l’Antiquité.

Amyntas III, le père de Philippe II, fit de Pella la nouvelle capitale de la Macédoine. Avant cela la capitale fut Aigéai. C’est aujourd’hui la ville de Vergina (à 80 km au sud-ouest de Thessalonique) qui abrite le site antique d’Aigéai. En 1977, des fouilles archéologiques y furent opérées. On y découvrit 11 tombes dont celle de Philippe II. (Voir image E, ci-dessus). Philippe II est connu pour avoir été borgne suite à une blessure sur l’arcade de l’œil droit. Le crâne découvert présentait un traumatisme similaire. Le soleil gravé sur le larnax deviendra le symbole de la dynastie des Argéades. Le soleil de Vergina figure aujourd’hui sur le drapeau de la région grecque de Macédoine (voir l’image 1 du diaporama). En 1992, la Macédoine-slave le transpose également sur son drapeau national (voir l’image 2 du diaporama). Suite à une première plainte des Grecs, il fut rapidement changé par le drapeau que nous connaissons aujourd’hui (voir l’image 3 du diaporama).  

16. La ligue de Corinthe est une alliance des villes grecques, à l’exception de Sparte, que Philippe II parvint à imposer dans le but d’envahir l’empire perse.

Alexandre le Grand et les diadoques. (De 336 à 168)

F. L’empire d’Alexandre le Grand avant sa mort en 323.

Raconter ici l’histoire d’Alexandre le Grand en quelques lignes serait impossible tant ce personnage a été abordé par les historiens. Voici l’essentiel utile pour la compréhension de cet article. À la mort de son père, Alexandre parvint à contenir les révoltes thraces, illyriennes et dardaniennes, il en vint même à les dominer et à étendre sa domination sur les terres illyriennes. Le royaume de Dardanie quant à lui sera épargné par Alexandre le Grand. Après s’être assuré sa sécurité avec ses voisins et ayant obtenu le soutien des cités grecques déjà soumises par son père, Alexandre le Grand s’orienta vers l’empire perse. En un peu moins de 10 ans, il parvint à conquérir l’empire perse et se rendre même aux confins de l’Inde. À sa mort le 11 juin 323, son immense empire est partagé par ses généraux : les diadoques. Son enfant, Alexandre IV, dans le ventre de son épouse Roxane, est déjà élu par les diadoques, prétendant au trône de Macédoine.

Pour les Grecs, les victoires d’Alexandre le Grand sont une renaissance culturelle de l’hellénisme depuis le déclin de celui-ci, dû à la guerre du Péloponnèse. Nous ne connaissons pas les réelles intentions de Philippe II et de son fils. Voulaient-ils redorer le blason de la culture grecque ou bien obtenir une légitimité pour mener leurs quêtes ? Nous pouvons constater que les régions dites « barbares » ont souvent souhaité se faire une place dans le monde grec. Alexandre 1er déjà souhaitait participer aux jeux olympiques ; compétition pouvant être pratiquée uniquement par les Grecs. Alexandre 1er put cependant y concourir car sa mère était originaire d’Argos17. Bien que les Grecs furent très à cheval concernant leur identité et leur rang, il y eut parfois des exceptions dévoilant que le monde grec n’était pas aussi hermétique que nous puissions le croire. Par ailleurs, la ville d’Alexandrie (aujourd’hui en Égypte) est un exemple de prolifération de l’hellénisme. Conquise par Alexandre le Grand, elle deviendra la plus grande ville du monde grec. Bien que les auteurs grecs de l’Antiquité considérèrent les Macédoniens comme des barbares, Alexandre le Grand et son empire devinrent grecs aux yeux des Grecs.   

Lorsqu’Alexandre le Grand débuta sa quête en Asie, c’est Antipater qui devint le régent du royaume antique et ceci jusqu’à sa mort en 319. Pella se transforma alors en une scène sanglante pour la prise du pouvoir ; une guerre des diadoques éclata. C’est le fils d’Antipater, Cassandre qui se démarqua en prenant le pouvoir en 317. Ce dernier fera tuer Olympias, la mère d’Alexandre le Grand, et tiendra en otage Roxane et Alexandre IV. Dans le but de d’obtenir la légitimité du trône de Macédoine, Cassandre épousa la fille de Philippe II, Thessaloniké. C’est par ailleurs en son honneur que son époux fondera la ville de Thessalonique. Cassandre doit lutter contre des révoltes thrace et illyrienne et faire face aux diadoques. Après s’être assuré le soutien de la Grèce et renforcé son pouvoir, Cassandre fit tuer Roxane et Alexandre IV, alors âgé de 13 ans. Cassandre mourut en 297 tandis que la guerre des diadoques continuait de faire rage en Macédoine. C’est le roi épirote Pyrrhus qui parvint à conquérir la Macédoine et se proclamer roi en 288. Pourtant, c’est le diadoque et roi de Thrace Lysimaque, qui le délogera en 285. Pyrrhus s’y prendra une deuxième fois, envahissant la Macédoine en 274. Il sera chassé, cette fois, par Antigone II Gonatas, petit-fils d’un diadoque, ce dernier s’installera durablement sur le trône de Macédoine tout en conservant une certaine prospérité jusqu’en 239. Pourtant, de l’autre côté de l’Adriatique, en 272, la cité grecque de Tarente tombe aux mains d’une nouvelle puissance. Celle-ci posera, un demi-siècle plus tard, une tête à Corfou puis en Épire. En 168, elle viendra mettre un terme aux rivalités dans le sol Balkanique et parviendra à s’y établir pendant plusieurs siècles. Il s’agit de l’Empire romain. Celui d’occident jusqu’en 395 après J-C, puis celui d’Orient jusqu’en 1453 après J-C, ouvrant ainsi une nouvelle page, non moins complexe que la précédente, dans l’histoire des peuples des Balkans. 

G. Royaumes des diadoques en 301.

17. Hérodote. L’enquête, livre V, chapitre 22.

Projet Skopje 2014

Les premiers slaves sont venus s’installer dans les Balkans à la fin du VIème siècle. Le royaume de Macédoine n’existait déjà plus depuis près de huit siècles. Cet article ne dévoile pas si le nom de Macédoine a été réutilisé après la romanisation des Balkans ou par la suite, comme il fut le cas pour les provinces illyriennes de Napoléon. Nous pouvons déjà répondre que le seul lien qui unit la Macédoine-slave à la Macédoine antique est ce territoire faisant partie du royaume de Philippe II qui a été attribué à la Serbie18en 1913 suite au Traité de Londres (voir carte B de la 1ère partie). Mis à part cela, il n’y a aucun lien culturel, linguistique ou historique faisant des Macédoniens-slaves des héritiers des Macédoniens antiques. C’est Tito, le chef de la Yougoslavie communiste après la seconde guerre mondiale, qui créa cette nouvelle République au sein de la Yougoslavie. Rexhep Qosja dira que le but de cette action est de diviser les Albanais de Yougoslavie dans plusieurs républiques (Serbie, Macédoine et Monténégro) afin de complexifier la volonté d’union et de révolte des Albanais19. La Macédoine-slave de Tito devient indépendante suite à l’éclatement de la Yougoslavie en 1991. Sur la scène internationale, l’amalgame du nom pose problème à la Grèce. Pourtant, les Macédoniens-slaves ne se considéraient pas comme descendants des Macédoniens antiques, mais des Serbes ou des Bulgares. Le tournant décisif aura lieu en 2006 lorsque le parti politique de Nikola Gruevski (VMRO-DMPNE : Parti démocratique pour l’unité nationale macédonienne) gagne les élections. Dès lors, le gouvernement lancera un processus d’antiquisation. En 2006, l’aéroport de Skopje est rebaptisé « Alexandre le Grand » anciennement « Aéroport de Petrovets ». La route principale à la frontière grecque est appelé « route Alexandre de Macédoine ». En 2009, le stade de Skopje est baptisé : « stade Philippe II ». À Manastir (Bitola), une statue de Philippe II est érigée. Un autre point décisif a lieu en 2009, lorsque le gouvernement décida d’investir 207 millions d’euros dans le projet Skopje 2014.  À partir de 2010, une vingtaine d’édifices sont rénovés ou construits. Des nouveaux ponts sont bâtis, dont celui des civilisations, orné par 28 statues représentant des personnages de l’Antiquité (voir la photo 4 du diaporama) et la statue surplombante de 22 mètres d’Alexandre le Grand est érigée sur la place centrale de Shkup (voir la photo titre de la 1ère partie).

Renommer des bâtiments et des statues ne fait pas des Macédoniens-slaves les descendants des Macédoniens de l’Antiquité. Pourtant l’antiquisation ne s’arrête pas là, un nouveau tome de l’Histoire du peuple Macédonien-slave est publié, financé par le gouvernement ; il atteste que les Macédoniens-slaves sont les descendants de la dynastie des Argéades et non plus des Slaves. En 2009, Ivica Bocevski, le vice-premier ministre en charge de l’intégration européenne a déclaré : « Nous avons besoin d’une version de l’histoire dans le but d’équiper les Macédoniens pour le XXIème siècle ». Les dirigeants macédoniens montrent clairement leurs intentions de façonner une nouvelle identité pour leur pays. Cela crée des tensions non seulement avec les Grecs, mais aussi avec les Macédoniens-slaves eux-mêmes, qui ne se reconnaissent pas dans cette nouvelle identité. Une tension du même ordre existe avec les Albanais de la Macédoine-slave qui représentent 25,17% de la population du pays20. Ceux-ci ne soutiennent pas ses constructions et sont mis à l’écart. Voici ce que déclare dans une interview Sam Vaknin, l’ancien conseiller du premier ministre Nikola Gruevski : « l’antiquisation est un projet de construction pour la nation qui est essentiellement anti-albanais, plutôt qu’anti-grec ou anti-bulgare ». Il ajoute que : « L’antiquisation a un double objectif : celui de marginaliser les Albanais et de créer une identité qui ne permettra pas aux Albanais de devenir Macédoniens. » Ceci est confirmé lorsque l’Académie des sciences de Macédoine publie une encyclopédie qui présente les Albanais comme des colonisateurs.21

18. La Serbie, la Croatie et la Slovénie formeront la Yougoslavie en 1928.
19. P. 171-174. Rexhep Qosja – La question albanaise.
20. Source officielle du site web de l’État de Macédoine.
21. Voir l’article de Boris Georgievski : http://www.balkaninsight.com/en/article/ghosts-of-the-past-endanger-macedonia-s-future

Conclusion

Le gouvernement Macédonien-slave projette de se développer en écartant de la scène sa minorité albanaise. Shkup devient alors ironiquement une cité macédonienne de l’Antiquité pour la première fois après 2300 ans. Cependant, cette ville comme nous avons pu le voir n’a jamais été en possession du royaume de Macédoine, ni sous Philippe qui étendit son royaume, ni sous Alexandre le Grand qui en fit un empire. Shkup dans l’Antiquité faisait partie intégrante du royaume illyrien de Dardanie. Elle en fut même la capitale de ce royaume après le IIème siècle. Alliés des Romains, les Dardaniens les aidèrent à conquérir les Macédoine. Le royaume de Dardanie resta indépendant jusqu’en 76 lorsqu’ils se révoltèrent et envahirent des provinces romaines. Les Dardaniens furent déchu par les légions romaines de Scribonus Curio, mettant ainsi fin au royaume de Dardanie. Voici une citation de Pierre Cabanes sur ce royaume.

 « Le bassin de Skopje marque le début du territoire des Dardaniens qui s’étend jusqu’à Nis au Nord, et de Novi Pazar à l’Ouest jusqu’à Bela Palanka au Nord-Est ; Ils sont mentionnés pour la première fois dans l’histoire à l’époque de Philippe II de Macédoine, lors d’une campagne de ce roi contre les Illyriens par Justin et aussi par une inscription d’Oleveni. Ce peuple est rattaché par la tradition ancienne aux Illyriens, d’après Strabon et Appien, mais l’onomastique présente des caractères qui ne sont pas illyriens mais plutôt thraces et celtes […] Les Dardaniens constituent, en fait, la zone de contact, ou la zone tampon entre Illyriens et Thraces. »22

 (P.50-51) Pierre Cabanes – Les Illyriens, de Bardylis à Genthios (IVème-IIème siècle avant j-C)

Pour les Grecs modernes, l’antiquisation de la Macédoine-slave est une usurpation. Pour eux la Macédoine fut simplement grecque, par ailleurs la plus grande partie du territoire antique de Macédoine se trouve aujourd’hui sur le sol grec, notamment dans la région qui porte son nom. Nous avons vu que Philippe II adopta la koinè et qu’Alexandre le Grand fut promoteur de la culture grecque dans l’empire perse. L’Antiquité présente systématiquement des peuples envahisseurs et des peuples envahis. Pourtant, il n’y a pas eu de peuple dans l’Antiquité balkanique qui fut davantage bourreau que victime. Cette dichotomie est utilisée à des fins protochronistes et politiques. S’il est un peuple qui a eu son ascendance sur les autres, il s’agit des Hellènes, et non par leurs invasions où leurs colonies, mais parce qu’ils étaient le centre de référence culturel dans les Balkans.23 Ceci joua un rôle considérable pour les autres régions dites « barbares » qui s’inspirèrent du modèle grec pour construire leurs cités et leurs civilisations. Selon Serge Métais, l’hellénisme se serait davantage proliféré sans l’intervention romaine. Les royaumes illyriens et thraces auraient au fil du temps vraisemblablement adopté la koinè. La romanisation des Balkans aurait donc été salutaire pour les Illyriens qui purent sauvegarder leurs langues, ce ne fut malheureusement pas le cas pour les Thraces. La Macédoine antique n’appartient pas exclusivement aux Grecs, nous avons constaté qu’elle se situait aux bastions de différents peuples qui ont coexistés pendant des siècles, qui se sont fait la guerre et par conséquent se sont mélangés. Nous avons vu que la mère de Philippe II, Eurydice, fut illyrienne ; une de ses femmes, Olympias fut épirote, d’autres furent grecques ou thraces. L’histoire des Macédoniens appartient avant tout aux Macédoniens, mais n’étant plus là pour la défendre, chaque peuple de nos jours essaie de s’attribuer sa paternité.

Aujourd’hui, les Macédoniens-slaves veulent justifier leur présence dans les Balkans. Quels touristes ne croiraient-ils pas en visitant Shkup que les Macédoniens-slaves sont les descendants des macédoniens antiques ? Pourtant, est-ce que les Turcs se veulent descendants des troyens puisque la cité antique se situe aujourd’hui sur leur sol ? Est-ce que les États-uniens se veulent descendants des Indiens d’Amérique ? Seules les complexités historiques dans les Balkans depuis l’Antiquité permettent de telles aberrations. Pourtant, les Albanais, descendants des Illyriens, auraient donc une plus grande légitimité que les Macédoniens-slaves à s’inscrire dans l’histoire de la Macédoine antique (Les 4 royaumes). Cela est un argument réfuté par les Slaves qui n’ont jamais admis que les Albanais soient les descendants des Illyriens. Et même s’il en fut le cas, la réalité est telle qu’aujourd’hui, les Albanais représentent plus d’un quart de la population totale macédonienne et qu’ils ne sont aucunement représentés culturellement dans ce pays qu’on voudrait faire croire le leur.24 Il est aujourd’hui préférable pour la classe politique macédonienne-slave d’investir 207 millions d’euro pour légitimer leur présence que de régler les contentieux avec la minorité albanaise qui nécrosent la stabilité du pays et de la région.

22. L’onomastique est l’étude des noms des personnes et des lieux.
23. Le Protochronisme est l’action d’attribuer à un peuple, par un lien direct, des racines antiques.
24. Voici une anecdote personnelle : en 2013, après la visite des ruines du château de Shkup ; sur la demande d’un ami et moi-même, le guide Macédonien-slave nous accompagna jusqu’à l’emplacement où se trouvait la maison de Mère Teresa. Chemin faisant, nous avons dû insister à trois reprises pour qu’il admette enfin que la religieuse fut albanaise. Arrivés sur les lieux une plaque commémorative lui rendait hommage en deux langues : en macédonien-slave et en anglais. (Voir la photo 6 du diaporama).

La Macédoine antique (1/2)

Galerie

Bibliographie

Ouvrages :

  • L’Enquête, Livre I à IV, édition d’Andrée Barguet – HÉRODOTE – 1964, Gallimard.
  • L’Enquête, Livre V à IV, édition d’Andrée Barguet – HÉRODOTE – 1964, Gallimard.
  • La guerre du Péloponnèse, édition de Denis Roussel – THUCYDIDE – 1964, Gallimard.
  • Histoire – POLYBE – 1970, Gallimard.
  • Les Illyriens, de Bardylis à Genthios (IVème-IIème siècle avant j-C) – Pierre CABANES – 1988, Sedes, Regards sur l’Histoire.
  • Un pays inconnu, la Macédoine – George CASTELLAN – 2003, Armeline.
  • Histoire des Balkans (XIVème-XXème siècle) – Georges CASTELLAN – 1999, Fayard.
  • Histoire de l’Albanie et des Albanais – Georges CASTELLAN – 2002, Armeline.
  • Histoire des Albanais (des Illyriens à l’indépendance du Kosovo) – Serge MÉTAIS – 2006, Fayard.
  • Albanie (Histoire et langue) ou l’incroyable odyssée d’un peuple préhellénique – Mathieu AREF – 2003, Mnémosyne.
  • Grèce (Mycéniens = Pélasges) ou la solution d’une énigme – Mathieu AREF – 2004, Mnémosyne.
  • L’énigme – Robert D’ANGÉLY – 2010, Globus R.
  • La question albanaise – Rexhep QOSJA – 1995, Fayard.
  • Kosova (Antika, Mesjeta) – Jusuf BUXHOVI – 2012, Faik Konica.

Sites :

  • http://www.macedonian-heritage.gr/
  • http://gw.geneanet.org/ptillier1?lang=fr;p=caranos;n=de+macedoine
  • http://fabpedigree.com/s020/f000275.htm
  • http://www.antikforever.com/Grece/Macedoine/macedoine_b.htm
  • http://www.antikforever.com/Grece/Macedoine/cassandre.htm
  • http://www.courrierdesbalkans.fr/le-fil-de-l-info/skopje-2014-le-cout-faramineux-des-travaux.html
  • http://www.balkaninsight.com/en/article/ghosts-of-the-past-endanger-macedonia-s-future
  • http://www.bbc.com/news/magazine-28951171
  • http://www.balkaninsight.com/en/gallery/skopje-2014
  • http://www.mfa.gov.mk/index.php/mk/?q=node/162&language=en-gb
La Macédoine antique (1/2)

La Macédoine antique (1/2)

La statue du guerrier à cheval.

Avant-Propos

Le thème de la Macédoine étant un sujet sensible et afin d’éviter les confusions, je me permets de m’inspirer des mots de Georges Castellan pour désigner les Macédoniens.1 J’utiliserai simplement le terme de « Macédoniens » et « Macédoine » pour désigner le peuple et le royaume de l’Antiquité. Ainsi que le terme de « Macédoniens-slaves » et « Macédoine-slave » ou « Macédoine moderne » pour désigner le peuple et le pays actuels. Cette dernière appellation n’inclut pas les Albanais que nous appellerons simplement les Albanais de Macédoine. La majorité des dates utilisées dans l’article sont avant J-C, sans que cela soit systématiquement précisé. Lorsque ce ne sera pas le cas ou qu’il y aurait un risque de confusion elles seront précisées par : après J-C. La Macédoine-slave étant un pays multiethnique et la langue albanaise étant considérée comme une langue nationale depuis les accords d’Ohrid en 2001, je vais me permettre d’utiliser l’appellation albanaise pour désigner la capitale (Shkup en albanais et Skopje en Macédonien-slave). Exception faite lorsque je parlerai du projet Skopje 2014.

L’Antiquité est un sujet qui doit être abordé avec circonspection et défendu par des connaissances globales. C’est pourquoi, dans le but de rendre cet article le plus compréhensible possible de tous, il est divisé en deux parties. La première a pour but d’expliquer le contexte qu’est celui de l’Antiquité dans le lequel s’inscrit la Macédoine antique. La seconde se concentre notamment sur le récit chronologique de l’histoire de la Macédoine antique.

1. Né en 1920, Georges Castellan est un historien de l’Université de Paris-III. Il est un spécialiste des Balkans et des civilisations orientales.

Introduction

Le nom de Macédoine évoque dans l’esprit de tout féru d’histoire l’empire d’Alexandre le Grand. Pourtant, la Macédoine est aujourd’hui un pays des Balkans de plus de deux millions d’habitants, mais aussi le nom d’une région de la Grèce habitée par 2.5 millions d’habitants. Le sujet du contentieux est posé : le nom du pays. En effet, la Grèce refuse que la Macédoine intègre l’Union Européenne tant que son intitulé n’aura pas changé. Accusés d’usurpation, les Macédoniens-Slaves, sous la pression grecque, ont été obligés de revoir l’appellation de la statue qui se dresse sur la place centrale de Shkup. Érigée en 2011, elle détenait le nom de : « La statue d’Alexandre le Grand ». Plus diplomate, elle porte aujourd’hui celui de « La statue du guerrier à cheval ». (Voir la photo ci-dessus). Voici une explication de l’origine du litige. Après la seconde guerre mondiale, le chef d’état yougoslave Tito, forme une nouvelle république au sein de la Yougoslavie : La Macédoine. Celle-ci devient un État indépendant en 1991 lors de l’éclatement de la Yougoslavie. Les Grecs tireront la sonnette d’alarme, affirmant que la Macédoine antique est l’héritage exclusif de la Grèce. Ainsi, plus de 2300 ans après les exploits du conquérant macédonien, il persiste dans la péninsule balkanique des enjeux historiques venant appuyer la légitimité de la présence des différents peuples habitants. Avec cet article, nous avons voulu déterminer qui étaient les Macédoniens de l’Antiquité, comprendre les liens qui les unissent avec les Macédoniens-slaves et comprendre pourquoi les Grecs modernes se sentent usurpés.

Les quatre royaumes

A. Les royaumes approximativement à la moitié du IVème siècle av. J-C et en rouge les frontières actuelles de la Macédoine antique.

Si nous devions placer la Macédoine-slave sur une carte de l’Antiquité à l’époque de Philippe II, elle se situerait au carrefour de quatre royaumes (voir carte A). En effet, la Macédoine antique de Philippe II ne couvre qu’une faible partie de la Macédoine moderne. Elle contient principalement le sud-ouest (voir carte B). Elle couvre à l’ouest le lac de Prespa, puis s’étend au nord jusqu’à la ville actuelle de Prilep et s’affine à l’est. Par conséquent, décrire l’histoire de la Macédoine-slave en évoquant uniquement la Macédoine antique ne suffirait pas. Si la Macédoine-slave devait posséder une histoire dans l’Antiquité, elle ne serait l’histoire spécifique de la Macédoine antique de Philippe II, mais l’histoire conjointe de ces quatre royaumes. Le premier de ceux-ci est la Macédoine antique. Le deuxième, à l’ouest est celui d’Illyrie, duquel faisait partie la ville de Tetovo (aujourd’hui une ville de la Macédoine moderne). Au nord, le troisième, le royaume de Dardanie dans lequel Shkup, la capitale de la Macédoine moderne, faisait partie et fut même la capitale au IIème siècle. Enfin le dernier au nord-est, le royaume de Péonie en Thrace. C’est par ailleurs dans ce territoire que la plus importante partie de la Macédoine-slave se situe.

Ces frontières ne restèrent pas intactes au fil des siècles, ces royaumes se firent la guerre sporadiquement pendant des centaines d’années, si bien qu’une carte des différents royaumes représenterait très difficilement un soupçon de la réalité territoriale que nous souhaiterions transcrire. Pourtant, il est un fait, celui que le Royaume de Dardanie ne fut jamais envahi par le Royaume de Macédoine, et ceci même sous Alexandre le Grand. Alors que son empire était immense, il ne posa jamais de tête au nord de son royaume. La capitale de la Macédoine moderne, Shkup ne fut donc à aucun moment une ville de la Macédoine antique, mais une ville illyrienne de Dardanie jusqu’en l’an 76, lorsque l’Empire romain annexa le royaume.

B.

Les peuples

Il est difficile dans l’Antiquité de définir ce qu’est un peuple. Les Hellènes pendant la période classique étaient constitués de quatre groupes ethniques : Doriens, Achéens,  Ioniens, Éoliens.2 Parlant des dialectes différents de la même langue, ces groupes se considéraient pourtant comme des peuples différents. Plus tard, ces différents dialectes s’unifieront pour former la langue koinè, c’est-à-dire la langue commune des Grecs. Les autres peuples ne faisant partie de cette caste étaient considérées comme étant barbares.3 Cela signifiait qu’ils ne parlaient pas grec.

Dans ce chapitre, nous allons schématiser ce qui constituait les différents peuples dans l’Antiquité balkanique. Nous pouvons admettre qu’il y eut cinq peuples distincts. Nous l’avons mentionné plus haut, les Hellènes avec ses groupes ethniques qui la composent. Viennent ensuite les Illyriens qui étaient constitués de plusieurs tribus : Enchéliens, Taulantiens, Dardaniens, Liburniens, Dalmates etc. Suivis des Thraces, également formés de tribus : Odryses, Gètes, Triballes, Daces etc.4 Voici, ce que nous dit Hérodote sur ce peuple5 :

« Le peuple thrace est, après les Indiens, le plus nombreux qui soit au monde. Si les Thraces avaient un seul chef et s’entendaient entre eux, ils formeraient un peuple invincible et, certes  le plus puissant de tous, à mon avis ; »

(Hérodote – L’enquête, livre 5, chapitre 3)

Puis, le peuple épirote, organisé pareillement en tribus : Thesprotes, Chaoniens et les plus connus notamment grâce à Pyrrhus, les Molosses. Nous en venons finalement aux Macédoniens. Ceux-ci ont formé, nous le verrons dans la seconde partie, très tôt un royaume en Basse-Macédoine (autour du golfe de Pella, voir carte C). C’est Philippe II qui donnera pourtant un nouveau visage à la Macédoine, en y annexant les royaumes de Haute-Macédoine (voir carte D) et formant ainsi le peuple de Macédoine au sein d’un royaume. Voici ce que nous dit par ailleurs Justin sur Philippe II6:

« Philippe, à l’exemple des bergers qui font passer leurs troupeaux tantôt dans des pâturages d’hiver, tantôt dans des pâturages d’été, transfère selon son caprice des peuples et des villes, selon qu’il croit devoir peupler ou dépeupler telle ou telle localité. Ce fut partout un spectacle pitoyable et semblable à une entière destruction […] De ces peuples, il plaça les uns dans leur territoire même en face des ennemis, il en établit d’autres aux frontières ; il renforça la population de certaines villes en y répartissant des prisonniers de guerre et il forma ainsi d’une foule de peuplades et de nations un seul royaume, un seul peuple. » 

(P. 109 – Citation de Justin par Pierre Cabanes) – Les Illyriens, de Bardylis à Genthios (IVème-IIème siècle avant j-C)

2. Il s’agit de l’âge d’or de la civilisation grecque, elle débute en 510 et prend fin en 323 avec la mort d’Alexandre le Grand.
3. L’origine du mot barbare viendrait de « brr brr » c’est-à-dire, ce qu’ils entendaient lorsqu’on leur parlait dans une autre langue.
4. Ces listes de tribus ne sont pas exhaustives.
5. Hérodote est considéré comme le père de l’Histoire (484 – 420). Son œuvre majeure est appelée « Enquêtes ». C’est de ce titre que vient l’étymologie du mot Histoire.
6. Justin est un historien romain du IIIème siècle après J-C.

La langue

Alors que ces multiples peuples et tribus coexistaient dans l’Antiquité, il ne subsiste aujourd’hui, que deux langues issues de ce lointain passé : le grec et l’albanais. C’est surtout les linguistes allemands qui ont classifié les langues que nous connaissons aujourd’hui (Gottfried Leibniz, Franz Bopp, Karl Brugmann, Gustav Meyer, Hans Krahe). Le grec et l’albanais sont considérées comme des langues indo-européennes, le grec étant la seule langue de la branche « hellènes », c’est également le cas pour l’albanais qui est l’unique langue de la branche « thraco-illyrienne ». Ce n’est pas le cas par exemple de la branche « latine » qui a donnée : l’italien, le français, l’espagnol, le portugais etc. La langue thrace quant à elle est, comme l’indique son intitulé : thraco-illyrienne. Pour en venir à la langue macédonienne de l’Antiquité, comme la langue thrace et épirote, elle a simplement disparu. Elle est aujourd’hui l’œuvre de spéculations, certains linguistes comme Karl Brugmann, Gustav Meyer et Hans Krahe la considèrent comme une langue thraco-illyrienne, d’autres comme un idiome de la langue grecque, même si elle fut une langue dite barbare dans l’Antiquité. La Macédoine et l’Épire ont pourtant une particularité, bien que dans notre schéma nous les considérons comme des peuples à part entière, il est tout à fait plausible qu’ils soient le résultat de brassage des populations. Justin nous le confirme par ailleurs dans la citation mentionnée plus haut. L’Épire se situait à la frontière du monde illyrien et du monde grec. Aujourd’hui, les linguistes albanais et grecs se disputent sa paternité. L’Épire aurait pu être le résultat de cette mixité, trop barbare pour être grecque mais trop proche de la Grèce pour être totalement illyrienne. Nous pouvons imaginer qu’il en fut de même pour la Macédoine qui se situait, quant à elle, entre le monde grec, le monde thrace et le monde illyrien. Par ailleurs voici ce que nous dit Pierre Cabanes sur la région de Haute Macédoine.

« Toute cette région de Haute Macédoine, qui est théoriquement rattachée à la Macédoine argéade, mais en pratique indépendante sous l’autorité de ses propres rois, constitue une zone tampon entre Illyriens et Macédoniens.  

(P.48) Pierre Cabanes – Les Illyriens, de Bardylis à Genthios (IVème-IIème siècle avant j-C)

La Macédoine et l’Épire formèrent donc leurs royaumes respectifs d’où naquirent deux peuples. Cette hypothèse, confirmée par la classification des langues ainsi que par Justin et Pierre Cabanes concernant la formation des peuples, réduirait donc notre schéma à trois peuples : Hellènes, Illyriens et Thraces.

L’origine

À l’époque de la guerre de Troie (XIVème siècle) la Macédoine n’existait pas. Homère parle de l’Émathie, une région au nord du Mont-Olympe qui correspond à la région de la Macédoine antique.7 On ne sait pourtant pas si l’Émathie désigne une ville ou l’ancien nom de la région macédonienne antique. La Péonie et le peuple Péonien sont cités dans les chants d’Homère en tant qu’alliés des Troyens.8 Ce territoire correspond davantage aux frontières de la Macédoine actuelle, bien que les Péoniens soient une tribu thrace. C’est au Vème siècle qu’Hérodote, considéré comme le père de l’Histoire, nous en dit plus sur la généalogie des rois macédoniens. Dans le livre VIII de son enquête, il raconte une légende qui est à la fondation du royaume de Macédoine.9 Hérodote révèle que l’ancêtre d’Alexandre 1er « son aïeul au sixième degré, est ce Perdiccas qui s’empara du pouvoir en Macédoine ». Celui-ci et ses deux frères ainés, Gauanès et Aéropos entrèrent en Macédoine en gagnant la ville de Lébaia. Là, ils se mirent au service d’un roi. Alors qu’un jour ils prenaient leurs repas, la portion de Perdiccas doublait de volume et cela régulièrement au fil des jours. La reine avertit alors le roi de ce phénomène car une croyance voulait que la part du futur roi soit doublée. Le roi décida de les chasser, les trois frères réclamèrent leurs salaires. Alors qu’ils discutaient « un rayon de soleil pénétrait justement dans la maison par le trou ménagé dans le toit pour la fumée », le roi clama qu’il ne recevrait que cette tâche de lumière en guise de paiement. Perdiccas, offusqué « traça sur le sol les contours de la tache du soleil, après quoi il fit à trois reprises le geste de puiser du soleil et de le verser dans le pli de sa tunique ». Ils s’en allèrent alors et s’installèrent dans une autre région de la Macédoine, près des jardins où « s’élève une montagne appelée Bermion ».10

Vous pouvez retrouver l’intégralité du récit d’Hérodote en annexe.

Marysas de Pella, près d’un siècle plus tard, racontera que le fondateur de la Macédoine antique au début du VIIIème siècle fut Caranos de la dynastie des Argéades.11 Cependant, Perdiccas est aussi considéré faisant partie de la dynastie des Argéades. Par conséquent, on ne sait pas clairement si Perdiccas et ses frères, lorsqu’ils s’établirent dans les jardins aux pieds de la montagne Bermion, ne trouvèrent rien et purent fonder le royaume de Macédoine ou alors, comme le raconte Hérodote, Perdiccas « s’empara du pouvoir » c’est-à-dire que les trois frères furent hypothétiquement confrontés aux descendants de Caranos. Pierre Cabanes affirme qu’avant 360, il existait différentes royautés dans la Macédoine antique, celles-ci furent indépendantes avant d’être assujetties au royaume de Philippe II. Il distingue également la Haute-Macédoine (Probablement celle où se serait confronté Perdiccas et le roi) et la Basse-Macédoine, qui correspond au Royaume de Philippe II. Voici un extrait :

« Parmi les Macédoniens, on compte des ethnè de Haute Macédoine, comme les Lyncestes, les Elimiotes et d’autres et que ces ethnè sont les alliés et les sujets des Macédoniens, tout en ayant leur propres rois. Il faut naturellement s’entendre sur la notion d’alliance et de sujétion qui leur est appliquée pour définir les rapports entre le royaume des Argéades en Basse Macédoine ces différents ehtnè de Haute Macédoine. […] On doit, en résumé, retenir l’image d’une Macédoine divisée, jusqu’au milieu du IVème siècle, en plusieurs États-royaumes, dont celui de Basse Macédoine tenu par la dynastie argéade exerce une certaine autorité sur les autres États de Haute Macédoine dont les rois sont souvent forts indépendant. »

(P.107-112) Pierre Cabanes – Les Illyriens, de Bardylis à Genthios (IVème-IIème siècle avant j-C)

Il y a un autre point à relever concernant le nom de la Macédoine. C’est encore Hérodote qui en racontant l’histoire du roi Crésus, écrit que les Doriens se sont établis à Pindos sous le nom Macédnon.12 Il faut comprendre dans ceci que l’ancien nom du peuple Dorien fut Macédnon. Notons que selon Hérodote la ville d’origine de Perdiccas fut Argos, et que celle-ci, peuplée par les Doriens, se situait en Argolide dans le Péloponnèse. Pourtant, mise-à-part la ressemblance de ces dénominations qui peut sembler étonnante, il n’y a aucune autre corrélation à notre connaissance qui a été faite entre Macédnon et Macédoine. Ce lien, tout comme la légende d’Hérodote possède, selon Serge Métais, une fonction politique : unir l’histoire de la Macédoine à celle de la Grèce.13,14

C. La Macédoine (en orange) à la veille de la guerre du Péloponnèse en 431 et D. La Macédoine après le mort de Philippe II en 336. 

7. Homère – Iliade, chant XIV vers 226.
8. Homère – Iliade, chant XVII vers 350 et chant X vers 428.
9. Hérodote – L’enquête, Livre VIII, chapitre 137, 138 et 139.
10. Aucun lien à notre connaissance n’a été fait entre le rayon de soleil de Perdiccas (voir le récit d’Hérodote) et le soleil de Vergina, devenu le symbole de la Macédoine.
11. Historien macédonien (356 av. J-C – 294 av. J-C).
12. Pindos ou Pinde est une région montagneuse de l’Épire dans la Grèce actuelle.
13. Serge Métais est un économiste et un historien de l’Université du Mans.
14. P. 145 – Serge Métais, Histoire des Albanais (des Illyriens à l’indépendance du Kosovo).

La Macédoine antique (2/2)

UKSHIN HOTI, kronologjia

UKSHIN HOTI, kronologjia

  • 1943 – 17 qershor :
    Lindja.
  • 1950 – 1958 :
    Shkollimin fillore në Krushë të Madhe dhe në Rogovë të Hasit.
  • 1958 – 1963 :
    Shkollen normale në Prizren dhe në Prishtinë.
  • 1963 – 1964 :
    Arsimtarë në shkollen fillore të Krushës së Madhe.
  • 1964 – 1968 :
    Studime në Shkencat politikë në Universitetin e Zagreb-it.
  • 1968 – 1970 :
    Studime pasuniversitare në drejtimin e Marrëdhënieve Politike dhe Ekonomike Ndërkombëtare në Beograd. Njëkohësish në Beograd kryen edhe shërbimin ushtarak.
  • 1969 :
    Shkrime të artikujve të ndryshëm në rubrikën e punëve të jashtme në gazetëne « Rilindja ».
  • 1970 – 1972 :
    Punon në komisionin ndërkombëtarë për bashkëpunimin me (Lidhjen Socialiste e Popullit Punonjës të Jugosllavisë) Përfshirë këtu edhe një qëndrim katër mujor në Angola për një mision paqësor dhe një qëndrim dy mujor në Indi.
  • 1972 :
    Për Kosovën emërohet Sekretar i Sekretariatit për Marrëdhenie më Jashtë.
  • 1974 :
    Tito i jep Kosovës statutin e Krahinës Autonome.
  • 1975 :
    Publikimi i veprës së tij « Lufta e ftohtë dhe detanti ».
  • 1977 :
    Jep dorëheqje nga posti si Sekretar i Sekretariatit për Marrëdhenie te jashtme të Kosovës.
  • 1978 – 1979 :
    Specializon në Universitetin e Çikagos, Washington-it dhe Boston-it.
  • 1979 – 1981 :
    Mësimdhënës në Universitetin e Prishtinës.
  • 1980 – 4 maj :
    Vdekja e Titos.
  • 1981 – 11 mars :
    Demonstratat studentore në Universitetin e Prishtinës.
  • 1981 – 19 nëntor :
    Mbron çështjen e studentëve në një mbledhje në Universitetin e Prishtinës.
  • 1981 – 21 nëntor :
    Arrestohet nga policia.
  • 1982 – 21 korrik :
    Dënohet me 9 vjet burg.
  • 1983 – 5 prill :
    Edi shukriu i shkruan një letër gjykatës së Beogradit për ta zvogëluar dënimin e Ukshin Hotit. Dënimi do të zvogëlohet me 3 vjet e gjysëm.
  • 1985 – pril :
    Dalja nga burgu.
  • 1989 – maj :
    Milosheviçi zgjidhet kryetar i Serbisë dhe heq autonominë e Kosovës.
  • 1989 – 9 nëntor :
    Rënia e murit të Berlinit.
  • 1990 – 27 janar :
    Demonstrata që shkaktojnë vdekjen e 5 shqiptarëve në Brestovc (Rahovec).
  • 1990 :
    Punon në Ljubljanë për revisten shqiptare dhe themelon gazetën « DeA ».
  • 1990 – 2 korrik :
    Shpallja e pavarsisë së Kosovës.
  • 1990 – 11 dhjetor :
    Fundi i regjimit komunist në Shqipëri.
  • 1991 :
    Antarësohet në LDK.
  • 1992 – janar :
    Organizon një homazh për 5 demostruesit e vrarë në Brestovc.
  • 1992 :
    Rikthehet në Fakultetin e Filozofisë dhe largohet nga LDK.
  • 1992 – 23 nëntor :
    Fjalim në Tetovë për përkrahjen e bashkimit kombëtarë.
  • 1993 – mars dhe prill :
    Burgoset për organizimin e homazheve të një vjeti më parë
  • 1993 – maj :
    Pasi ka vizituar grevistët, ai rrihet nga policia serbe.
  • 1994 – 16 maj :
    Arrestohet ditën kur duheshte të marrë udhëheqësinë e partisë UNIKOMB.
  • 1995 :
    Publikimi i veprës së tij të dytë « Filozofia politike e çështjes shqiptare ».
  • 1998 – 28 shkurt :
    Fillimi i luftës në Kosovë.
  • 1998 – 14 maj :
    Kërkesa e Parlamentit Evropian për të liruar Ukshin Hotin.
  • 1998 – 13 tetor :
    Nominohet për çmimin Saharov.
  • 1999 – 6 shkurt :
    Fillimi i konferencës së Rambujesë.
  • 1999 – 1er mars :
    Kontrollimi i kushteve të burgosjes së Ukshin Hotit nga KNKK-ja.
  • 1999 – 23 mars :
    Fillimi i bombardimeve të NATO-së.
  • 1999 – 25 mars :
    Fshati i Krushës së Madhe bombardohet dhe sulmohet nga forcat serbe.
  • 1999 – 16 maj :
    Dalja nga burgu i Dubravës dhe zhdukja.
  • 1999 – 19 maj :
    Masakra e 173 të burgosurve shqiptarë në burgun e Dubravës.
  • 1999 – 10 qershor :
    Fundi i luftës në Kosovë.
  • 2000 :
    Publikimi i veprës së tij të tretë « Bisedë permës hekurash ».
  • 2001 :
    Konflikt i armatosur në maqedoni ndërmjet maqedonasve dhe shqipëtarëve.
  • 2001 – gusht :
    Nënshkrimi i marrveshjes së ohrit në maqedoni, me të cilin merr fund konflikti i armatosur.
  • 2008 – 17 shkurt :
    Pavarësia e Kosovës, nën mbikqyrjen e EULEX-it.
  • 2013 – 17 qershor :
    Inaugurimi i shtëpisë-Muze « Ukshin Hoti » në Krushë të Madhe.
  • 2014 – maj :
    Publikimi i veprës së tij të katërt : « Çështja Kombëtare Shqiptare, komponenti religjioz ».
UKSHIN HOTI, chronologie

UKSHIN HOTI, chronologie

  • 1943 – 17 juin:
    Naissance.
  • 1950 – 1958 :
    Études primaires (à Krusha e Madhe et Rogovë të Hasit).
  • 1958 – 1963 : 
    Études secondaires (à Prizren puis à Prishtina).
  • 1963 – 1964 :
    Enseignement à l’école primaire de Krusha e Madhe.
  • 1964 – 1968 :
    Faculté des sciences politiques à l’université de Zagreb.
  • 1968 – 1970 :
    Études postuniversitaires dans le domaine des relations politiques et économiques internationales à Belgrade. Il effectue son service militaire à Belgrade en parallèle de ses études.
  • 1969 :
    Publication d’articles dans la rubrique des affaires étrangères du journal albanais   « Rilindja ».
  • 1970 – 1972 :
    Travaille à la commission internationale pour la collaboration avec la Ligue Socialiste du Peuple Travailleur de la Yougoslavie (LSPPJ). Comprenant un séjour de 4 mois en Angola pour une mission de maintien de la paix et un séjour de 2 mois en Inde.
  • 1972 :
    Nommé ministre provincial des affaires étrangères du Kosovo.
  • 1974 :                  
    Tito accorde au Kosovo le statut de province autonome.
  • 1976 :
    Publication de son œuvre « La guerre froide et la détente »
  • 1977 :
    Démission de son poste de ministre provincial des affaires étrangères du Kosovo.
  • 1978 – 1979 :
    Spécialisation à l’université de Chicago, de Washington et de Boston.
  • 1979 – 1981 :
    Enseignant à l’université de Prishtina.
  • 1980 – 4 mai :
    Décès de Tito.
  • 1981 – 11 mars :
    Révolte des étudiants de l’université de Prishtina.
  • 1981 – 19 novembre :
    Défend la cause des étudiants dans une assemblée de l’université de Prishtina
  • 1981 – 21 novembre :
    Il est arrêté.
  • 1982 – 21 juillet :
    Il est condamné à 9 ans de prison. Peine par la suite réduite à 3 ans et demi.
  • 1983 – 5 avril :
    Edi Shukriu écrit une lettre au tribunal de Belgrade pour réduire la peine de  Ukshin Hoti.
  • 1985 – avril :
    Sortie de prison.
  • 1989 – mai :
    Milosevic est élu président de la Serbie et il supprime l’autonomie du Kosovo.
  • 1989 – 9 novembre :
    Chute du Mur de Berlin.
  • 1990 – 27 janvier :
    Manifestation qui provoque la mort de 5 albanais à Brestovc au Kosovo.
  • 1990 :
    Travaille à Ljubljana pour des revues albanaises et il fonde le journal « DeA ».
  • 1991 :
    Adhère à la LDK.
  • 1990 – 2 juillet :
    Proclamation de la République du Kosovo.
  • 1990 – 11 décembre :
    Fin du régime communiste en Albanie.
  • 1992 – Janvier : Organise un hommage aux 5 manifestants morts à Brestovc.
  • 1992 – 23 novembre :
    Discours à Tetovë en Macédoine soutenant l’unité nationale.
  • 1992 :
    Il réintègre la faculté de Philosophie et quitte la LDK.
  • 1993 – mars et avril :
    Emprisonné pour avoir organisé l’hommage un an plus tôt.
  • 1993 – mai :
    Après avoir rendu visite aux grévistes, il est battu par la police serbe.
  • 1994 – 16 mai :
    Arrêté le jour où il allait prendre la présidence du parti UNIKOMB.
  • 1995 :
    Publication de sa 2ème œuvre  « La philosophie politique de la question « albanaise ».
  • 1998 – 28 février:              
    Début de la guerre du Kosovo.
  • 1998 – 14 mai :
    Demande du Parlement européen pour libérer Ukshin Hoti.
  • 1998 – 13 octobre :
    Nommé au prix Sakharov.
  • 1999 – 6 février :
    Début de la conférence de Rambouillet.
  • 1999 – 1er mars :
    Vérification des conditions de détention de Ukshin Hoti par le CICR.
  • 1999 – 23 mars :
    Début des bombardements de l’OTAN.
  • 1999 – 25 mars :
    Le village de Krusha e Madhe est bombardé puis attaqué par les forces serbes.
  • 1999 – 16 mai :
    Sortie de la prison de Dubravë et disparition.
  • 1999 – 19 mai :
    Massacre de 173 prisonniers albanais à la prison de Dubravë.
  • 1999 – 10 juin :
    Fin de la guerre du Kosovo.
  • 2000 :
    Publication de sa 3ème œuvre « Discussion à travers les barreaux ».
  • 2001 – Août :
    Signature des accords d’Ohrid en Macédoine.
  • 2008 – 17 février :
    Indépendance du Kosovo.
  • 2013 – 17 Juin :
    Inauguration de la maison-musée à Krusha e Madhe.
  • 2014 – mai :         
    Publication de la 4ème œuvre « La question nationale albanaise : la composante religieuse ».
UKSHIN HOTI, chronologie

UKSHIN HOTI, chronologie

1943 – 17 juin:Naissance. 1950 – 1958 : Études primaires (à Krusha e Madhe et Rogovë të Hasit). 1958 – 1963 : Études secondaires (à Prizren puis à Prishtina). 1963 – 1964 : Enseignement à l’école primaire de Krusha e Madhe. 1964 – 1968 : Faculté des sciences...

UKSHIN HOTI : 3ème partie, où est Ukshin Hoti ?

UKSHIN HOTI : 3ème partie, où est Ukshin Hoti ?

« Où est Ukshin Hoti ? » Les différents graffiti parsemés à Prishtina.

L’après Ukshin Hoti

La guerre du Kosovo prend fin le 10 Juin 1999. Les troupes serbes se retirent, l’OTAN s’installe et un million d’albanais du Kosovo, chassés pendant la guerre, reviennent sur leurs terres. Le peuple albanais doit faire face aux dégâts provoqués par la guerre ; sans abris, des familles entières dorment dans des abris de fortune (tentes ou maisons détruites). Pourtant, tous les Albanais ne sont pas revenus. Certains attendront qu’un membre de leur famille revienne, certains reviendront aussitôt ; d’autres, libérés des geôles serbes, retrouveront leur famille plus tard et enfin d’autres encore ne reviendront jamais. On ignore si ceux-ci sont aujourd’hui morts ou vivants. À ce jour, il y a 1655 disparus de la guerre du Kosovo et parmi eux se trouve Ukshin Hoti22.

Le Kosovo déclare son indépendance unilatéralement le 17 février 2008. La Russie, membre du conseil de sécurité et allié de la Serbie, pose son véto. Le Kosovo n’est par conséquent aujourd’hui toujours pas un pays reconnu par la Serbie ni par les Nations Unies. L’indépendance du Kosovo est sous tutelle de l’EULEX, une mission européenne qui a pour but d’accompagner le Kosovo dans le processus de construction d’un État de droit et démocratique. Qu’en est-il de la démocratie authentique que préconisait Ukshin Hoti et qui avait germé au Kosovo en 1981 ? Qu’en est-il de l’autodétermination des peuples, de cette idéologie inscrite dans la charte des Nations Unies23 ? Tout cela ne rend-il pas caduque l’union de l’Albanie et du Kosovo ? Que dire également de l’article 1 alinéa 3 de la constitution du Kosovo ?

« La République du Kosovo n’a aucune prétention territoriale à l’encontre d’aucun État ou d’une partie d’un État et ne revendique aucune union avec un État ou une partie d’un État. »

Cette situation laisse plus de place au Mouvement d’Autodétermination du Kosovo. Aux dernières élections municipales, le mouvement a obtenu 20% des voix, gagnant même le bastion de la LDK qu’est la mairie de Prishtina. Le mouvement se veut héritier de la pensée d’Ukshin Horti. Mais est-il vraiment ce qu’il prétend être ou utilise-t-il le personnage d’Ukshin Hoti comme symbole de son mouvement comme le PDK utilise le militaire Adem Jashari ou la LDK utilise Ibrahim Rugova ? Ce qui est certain, c’est que le Mouvement d’Autodétermination gagne davantage de voix et par la même occasion le nom d’Ukshin Hoti se fait entendre de plus en plus. Une école secondaire baptisée de son nom a été construite en 2008 dans son village natal. L’université de Prizren a également été nommée l’université Ukshin Hoti. La maison dans laquelle il vivait après 1990 a été reconstruite en maison-musée et inaugurée le 17 juin 2013, le jour où il aurait eu 70 ans. Diverses conférences sont organisées à Prizren et à Prishtina lui rendant hommage. Récemment, les habitants de la commune d’origine de Ukshin Hoti ont déposés une pétition ayant récolté plus de onze mille signatures, au parlement du Kosovo, afin de résoudre le cas Ukshin Hoti24. Au mois de mai 2014, un nouveau livre est publié : « Çeshtja kombëtare shqiptare : kompenenti religjioz » (La question nationale albanaise : la composante religieuse).

La maison de Ukshin Hoti. Inaugurée comme Maison-Musée lors de son septantième anniversaire le 17 juin 2013.

La philosophie de Ukshin Hoti

La philosophie d’Ukshin Hoti est, non seulement, le produit de sa propre réflexion mais aussi de ses études scientifiques se basant sur les œuvres de philosophes, politologues, économistes et sociologues reconnus tels que Ralf Gustav Dahrendorf, George Kennan, Adam Smith, Max Weber et Slavoj Zizek. Sa maîtrise du serbo-croate et d’autres langues étrangères comme l’anglais, le français et l’italien lui ont permis d’accéder à la lecture d’œuvres qui ne sont aujourd’hui toujours pas traduites en albanais. Parmi ses auteurs favoris nous pouvons citer : Hegel, Thomas Hobbes, Emmanuel Kant, Karl Marx, Thomas More et Alexis de Tocqueville. Amateur de la théorie critique de l’école de Francfort, il base ses écrits sur celle-ci, citant notamment Theodor W. Adorno, Jürgen Habermas, Max Horkheimer et Wilfried Röhrich. Ukshin Hoti se définissait lui-même comme étant un sociologue politique. C’est-à-dire qu’il étudiait les liens et les comportements humains vis-à-vis de l’État. Ses écrits sont d’ailleurs très significatifs à ce sujet, il cite souvent des exemples de sa propre vie pour démontrer sa connaissance de la société albanaise et soutenant que la résolution des problèmes auxquels celle-ci est confrontée doit être en adéquation avec le fonctionnement intrinsèque de cette société. Connaisseur de la société indienne et notamment de la philosophie de Gandhi, qu’il cite souvent,  il affirme que celle-ci n’est pas en adéquation avec le peuple albanais. Sans émettre de jugement, il ajoute que si le Gandhisme a fonctionné en Inde c’est parce que le « Mahatma », malgré les difficultés rencontrées, connaissait sa propre société et que les circonstances à ce moment précis ont permis également que cela s’accomplisse. Ukshin Hoti s’offusque d’ailleurs, lorsque la presse alloue à Ibrahim Rugova le statut de Gandhi des Balkans. Voici un extrait à ce sujet :

« On ne doit pas exagérer avec ce que les journalistes appellent le gandhisme du peuple albanais. En effet, celui-ci se fonde toujours sur sa propre méthode de lutte. C’est pour ce qui, de nos jours, sur les pages de la presse, est loué comme du gandhisme, que certains individus, qui n’ont aucun rapport avec le gandhisme, sont haussés jusqu’au ciel, reçoivent des récompenses, se font tapoter les épaules, sont remerciés, etc. Si cela ne se fait pas que pour m’enrager, l’on peut dire alors que les limites sont dépassées. Je sais que l’on ne peut pas qualifier de gandhisme toute méthode de lutte pacifique et démocratique, parce que de telles méthodes de lutte ne sont pas forcément le produit de toute cette philosophie de la non-violence, telle que la philosophie de Gandhi, mais seulement le reflet de situations et de circonstances déterminées. Je sais aussi que, dans le monde, cette philosophie est de nos jours soutenue précisément par ces milieux qui ont tout fait et qui continuent de tout faire pour que les gens ne la comprennent pas. Mais cela c’est leur affaire. Et puis, et c’est cela le plus important, une partie de l’intelligentsia albanaise devrait enfin comprendre que, pour diriger son peuple, elle doit faire fonctionner sa propre tête, parce que, le peuple albanais, malgré sa majorité musulmane, n’a jamais été et ne sera jamais un peuple asiatique. Étant donné que l’islamisme n’a aucun lien avec le peuple albanais, lui imposer des valeurs contraires à son esprit pratique, n’est pas seulement une incompréhension et une mauvaise interprétation, mais aussi une violation de sa dignité de peuple européen ancien. Je ne m’en suis pas senti personnellement visé, mais, pour moi, c’était une obligation intellectuelle envers ce colosse de la pensée et de l’esprit humains que du réagir contre de telles exagérations. »

Ukshin Hoti était une personne dérangeante pour le pouvoir serbe. Ce même pouvoir qui a permis à un Albanais originaire d’un village de 5 mille habitants de gravir pas à pas les échelons de l’Administration de l’État yougoslave, se retrouve ainsi à faire face à ce même homme, ayant accumulé suffisamment de connaissances pour comprendre le fonctionnement de l’appareil d’État yougoslave, ayant compris les enjeux globaux de par ses recherches et ses voyages internationaux, dénonçant dans un premier temps le développement économique insuffisant du Kosovo, puis dans un second temps, le régime ségrégationniste serbe. Pourtant dans son acte de défense en 1994, il accuse également une partie de l’alternative du Kosovo de l’avoir également emprisonné avec l’accord du régime serbe. Voici des extraits :

« Le procureur m’accuse d’avoir voulu séparer violemment la République du Kosovo de la Serbie. Puisque la République de Serbie reconnaît, de facto, la République du Kosovo et que la séparation de cette dernière de la Serbie est l’objectif de toute l’alternative politique albanaise du Kosovo, on ne saurait plus m’accuser de vouloir cette séparation, mais uniquement de la manière de la réaliser (violemment). […] Si la République de Serbie reconnaît de facto la République du Kosovo, alors l’exercice de ses fonctions, sous la forme d’un procès, dans le territoire de la République du Kosovo, est soit un acte convenu entre elles, soit un acte de violation à l’encontre de cette dernière. […] J’ai été arrêté par la police de la République de Serbie, probablement à la demande d’une partie de l’alternative albanaise de la République du Kosovo. La cause directe de mon arrestation a certainement été la crainte irrationnelle de cette partie de l’alternative albanaise, que l’équilibre des forces politiques ne se rompe et qu’une situation imprévisible et incontrôlable ne se crée, après mon arrivé à Prishtina, à la tête de l’UNIKOMB. »

La morale politique

Ukshin Hoti relève également dans ses écrits les travers de la société albanaise. Il affirme que le système tribal-féodal du Kosovo entrave le développement moral de la région dans les sphères politiques albanaises. Il dénonce la politique politicienne ; il est pour une confrontation ouverte basée sur des faits scientifiques. À l’écoute de son peuple et de ses revendications, il ne cache pas que la politique est le moyen le plus pragmatique d’atteindre en toute légalité le but fixé par ses concitoyens (Le démocratie authentique). Il est important de noter la légalité de toutes les actions entreprises par Ukshin Hoti, il connaissait ses droits, les droits de son peuple et de ce fait, était davantage persuadé de la véracité de ses actes. Il est convaincu que les Albanais doivent faire preuve d’une morale politique noble et saine pour atteindre leurs objectifs et non pas d’une politique serbe qu’ils prennent comme modèle25. Il est par conséquent en opposition avec la philosophie de Machiavel. Voici un extrait dans lequel Ukshin Hoti parle du philosophe italien :

« Un but noble ne peut pas être atteint par des méthodes machiavéliques, par des intrigues et des calomnies. L’unification de l’Italie n’a pas été le résultat de la pensée politique de Machiavel, mais uniquement de la pensée politique de Mazzini et de la lutte menée avec abnégation par la morale élevée de Garibaldi. Machiavel décrit la lutte politique pour le pouvoir menée par des dominateurs sans scrupules et par des princes de l’Italie féodale. Confiant que l’un d’entre eux allait se servir de son pouvoir en faveur de l’unification de l’Italie, il leur donnait des instructions pour le renforcer. Les habilités magistrales qu’il décrit et recommande ont certes été utilisées lors des luttes sanglantes pour le pouvoir, par des courtisans et des despotes, par des tyrans et des dictateurs anciens et modernes. Mais elles n’ont jamais, au cours de l’histoire, mené à la victoire d’un quelconque mouvement politique sérieux, ni au renforcement d’un quelconque pouvoir démocratique. Elles peuvent mener vers le renforcement d’un pouvoir ou de la position d’un détenteur de pouvoir despotique, autocratique, autoritaire et totalitaire ; elles sont des méthodes d’une lutte sans scrupules, effrontée et sanglante pour le pouvoir ; elles sont en opposition flagrante et profonde avec la notion même de la démocratie. »

Bislim Elshani, proche de Ukshin Hoti, est un spécialiste de la philosophie politique de ce dernier. Voici un extrait de son article sur la morale politique de Ukshin Hoti.

« En tant que scientifique et chercheur de sociologie politique, Ukshin Hoti est un observateur strict des lacunes sociales albanaises. Les causes phénoménologiques de l’opportunisme politique parmi les Albanais, en particulier chez une partie de la jeunesse, il les trouve dans les rapports anachroniques étroitement liés au patriarcat clanique du Kosovo.  Dans une cérémonie mortuaire, dans lesquelles ont lieus fréquemment des débats politiques, un provocateur de la LDK demande à Ukshin Hoti : Vous voulez nous faire revenir le communisme ? J’ai été impressionné par sa réponse significative : « Non, mais nous voulons éradiquer la féodalité ». Contrairement à la question, la réponse n’était pas provocante, mais dissimulait précisément l’essence des relations sociales au Kosovo, qui sont encore caractérisées par le philistinisme tribal et la mentalité féodale. Ces caractéristiques enrayent de manière significative l’intégration euro-atlantique du Kosovo. »

L’unité nationale

Ukshin Hoti a posé les fondations de la diplomatie, des relations internationales et d’une politique professionnelle au Kosovo. Sa conscience des enjeux politiques et géostratégiques internationaux concernant l’avenir du Kosovo et de l’Albanie, se basant sur des faits scientifiques, analytiques et historiques. Il est convaincu de l’idée que le peuple albanais du Kosovo a le droit à l’autodétermination des peuples. Que cette solution amènera plus de stabilité dans les Balkans, pour le bien des pays en son sein, mais également pour l’Europe entière qui a toujours sous-estimée le facteur de stabilité de cette région. Voici un extrait ou il soutient la thèse de l’unité nationale :

« Le peuple albanais doit s’unifier. Tout le monde le sait et personne ne le conteste. Il doit s’unifier, parce que sur le plan spirituel, il est déjà unifié, puisqu’il a la même langue, la même culture, et la même histoire ; parce qu’il est un peuple européen ancien, qui a démontré depuis longtemps sa maturité à constituer un État ; parce qu’il a atteint, depuis longtemps, le niveau de conscience politique requis pour lui-même, pour le pays et pour ses intérêts dans la région ; et parce qu’il a démontré, de façon glorieuse et sur tous les plans, son utilité dans le sein de la communauté européenne. Il n’a pas besoin de démontrer son appartenance à cette communauté. Malgré sa position géographique et l’appartenance de la majorité de ses membres à la religion islamique, il a été et est resté un peuple européen. Il doit s’unifier parce que le droit à l’autodétermination est l’un des acquis les plus vitaux de la civilisation européenne, que celle-ci a proclamé elle-même. Ce droit ne peut être refusé ou nié à aucun des peuples de l’Europe. Le peuple albanais en a besoin pour pouvoir se développer et atteindre le niveau général de la communauté à laquelle il appartient. »

Aujourd’hui, le Kosovo et l’Albanie sont tous les deux des pays démocratiques, ou du moins dans le long processus de démocratisation des pays sortant de la guerre ou provenant du bloc communiste. Ces deux pays ont le droit si telle est leur volonté, dans le principe même de l’autodétermination, de disposer d’eux-mêmes et de s’unir. Pourtant on est encore loin d’une éventuelle union entre ces deux pays. Bien que les accords commerciaux soient en augmentation. Il subsiste en outre, au-delà des réelles frontières, des barrières entre ces deux pays provoquées par plus de 80 ans de séparation que seul le temps estompera. Et si bien même il venait à ce que ces pays se joignent, cela réglerait-il le problème albanais dans les Balkans ? En effet, qu’en est-il des albanais de Macédoine, de Serbie, du Monténégro et de Grèce ? En Macédoine, malgré les accords d’Ohrid en 2001, l’albanais n’est toujours pas une langue officielle malgré une population albanaise de 25,17% selon les statistiques macédoniennes26« L´état albanais est le seul pays en Europe ayant au-delà de ses frontières des gens de son propre peuple » dit Ukshin Hoti.  Pour ajouter au drame qu’est le sien, notons qu’il ne s’est jamais rendu en Albanie. Il propose une union des albanais bien au-delà de simples critères nationalistes mais affirme que celle-ci serait un facteur de stabilité dans les Balkans et ne permettra pas une instrumentalisation des différents peuples en son sein par des enjeux géostratégiques globaux. Convaincu de l’idée que le peuple albanais s’émancipera au sein d’un seul État, celle-ci et ses convictions l’ont pourtant conduites en prison et certainement menées à la mort. 

Les disparus

Prishtina, portrait des disparus de la guerre.

Pour les proches d’Ukshin Hoti qu’il m’a été donné de rencontrer, comme Afrim Hoti, Andin Hoti et Bislim Elshani, rien de suffisant n’a été fait afin de trouver ce qu’il est advenu de Ukshin Hoti. C’est une personne oublié de l’histoire du Kosovo, malgré sa large contribution et le sacrifice qu’il a fait pour sa nation. Sa sœur Myrvete est aujourd’hui toujours persuadée que son frère est en vie, détenu quelque part en Serbie ou ailleurs. Après la guerre, c’est elle qui fera toute les démarches nécessaires pour trouver la vérité au sujet de son frère, malheureusement en vain. Le cas Ukshin Hoti nous donne aujourd’hui le droit de se questionner sur l’insuffisance du gouvernement du Kosovo à traiter la question des disparus de guerre. 15 ans après la guerre, on dénombre encore 1655 disparus. Certaines familles espèrent ainsi toujours voir revenir un des leurs. Alors que des accords de normalisation des rapports entre le Kosovo et la Serbie ont débuté en 2011, sous la tutelle de l’union européenne, dans le but de faciliter l’intégration de ces deux pays dans celle-ci, le cas des disparus est simplement ignoré. Pourtant, en décembre 2013, au sud de la Serbie un charnier est découvert. On estime trouver ici le corps de 250 à 350 Albanais27. En mars 2014, 48 corps d’Albanais ont été retrouvés dans un aéroport militaire près de Belgrade28.

Conclusion

La vie de Ukshin Hoti est un parfait parallélisme des événements ayant eu lieu au Kosovo post 2ème guerre mondiale. Celui-ci se trouva au centre des principaux évènements marquants. Raconter l’histoire de Ukhsin Hoti c’est raconter l’histoire du Kosovo, c’est raconter l’histoire du peuple albanais du Kosovo. Aujourd’hui la jeunesse du Kosovo le réclame, une jeunesse qui n’est pas pervertie par l’appât du pouvoir, qui est persuadée de la pureté des actes de Ukshin Hoti et qui se questionne encore sur l’avenir de sa nation. Rappelant une partie de cette jeunesse de la révolte estudiantine, celle qui avait fourni le zèle nécessaire à Ukshin Hoti pour s’engager, les défendre et renoncer à son travail, à ses avantages qu’il avait lui-même acquis par ses études, pour la cause albanaise. C’est cette jeunesse qui affiche encore sur les murs son visage interrogateur. Cette épitaphe disséminée questionne toujours : « Où est Ukshin Hoti ? ». Le peuple albanais devrait-il y voir aujourd’hui un sens différent ? Et si ce graffiti leur retournait la question ? Comme si au fond Ukshin Hoti guidé par sa détermination et sa conscience sachant où ses actions allaient fatalement le mener, interrogeait son peuple : « Mais vous, où êtes-vous ? ».

UKSHIN HOTI : chronologie

Notes

22. Selon la croix-rouge.
23. Charte des Nations-Unis : Article 1 alinéa
24. http://rahovecpress.com/peticioni-per-fatin-e-ukshin-hotit-tashme-ne-kuvend/
25. Bislim Elshani, « Ukshin Hoti dhe bazat morale të politikës shqiptare ». 2013.
26. Site officiel de l’état de Macédoine (A noter que le site est uniquement disponible en macédonien ou en anglais) :
http://www.mfa.gov.mk/?q=node/162&language=en-gb
27. http://www.arcinfo.ch/fr/monde/serbie-kosovo-21-victimes-decouverte-dans-un-charnier-a-rudnica-577-1300496
28. http://www.eulex-kosovo.eu/en/pressreleases/0580.php