Pourquoi la Serbie ne change pas ?

Pourquoi la Serbie ne change pas ?

La seule différence entre le parti socialiste de Milosevic et le parti national-socialiste de Hitler était que les partisans d’Hitler croyaient que la « race aryenne » devait gouverner le monde entier, tandis que les admirateurs de Milosevic étaient plus « modestes » et croyaient que la race serbe ne devait régner que dans les territoires de l’ex-Yougoslavie.

Après la fin des dernières guerres en ex-Yougoslavie en 1999 causées par l’hégémonie serbe, avec l’arrivée au pouvoir de Zoran Djindjic en Serbie, et surtout après la comparution de Milosevic devant la Cour pénale internationale à La Haye en 2001, on commençait à espérer qu’un vent nouveau soufflait en Serbie. Peut-être même qu’un léger changement aurait lieu, et ceci comme si l’assassinat du Premier ministre serbe Zoran Djindjic n’avait jamais eu lieu en 2003. Et même si des changements se produisaient, ils seraient destinés à changer de stratégie et de tactique et non pas le changement du but ultime, c’est-à-dire : la non-acceptation de l’État du Kosovo et l’attente d’un momentum plus approprié pour le retour du Kosovo au sein de la Serbie, et si ce n’est pas la totalité du territoire, il s’agira d’au moins une partie considérable. Mais aucun changement n’a eu lieu et les deux partis politiques, qui ont causé toutes les guerres dans l’ex-Yougoslavie, sont revenus au pouvoir : Le parti de Milosevic qu’on appelait socialiste, était en réalité national-socialiste (comme celui d’Hitler). La seule différence était que les adorateurs de Hitler croyaient que la « race aryenne » devait gouverner le monde, alors que les adorateurs de Milosevic étaient plus « modestes » et pensaient que la « race serbe » devait régner seule dans les Balkans occidentaux ; et le parti radical de Seselj dont le nom de parti fasciste (comme celui de Mussolini) correspondrait davantage. Il n’y a pas seulement les mêmes partis qui sont revenus au pouvoir, mais aussi les mêmes personnes telles que : Dacic, Vullin, Dikovic, Drecun, Vucic et d’autres. De plus, ce dernier, alors promu au poste de ministre de la propagande dans le gouvernement de Milosevic a été élu Président avec le vote libre des électeurs serbes.

On peut en effet grandement s’étonner que les Serbes aient pu oublier tout cela. Les pertes qu’ils ont causées à d’autres peuples, en premier lieu aux Bosniaques, mais aussi à toute la région, sont incomparablement plus importantes que celles qu’ils ont subies eux-mêmes. Leurs pertes ne sont pas non plus négligeables, notons toutefois que seule la Serbie n’a pas encore publié le nombre de leurs victimes. Cette non-publication est faite intentionnellement pour permettre la manipulation de ces chiffres de différentes manières et pour différents besoins, comme par exemple présenter les soldats tués comme des civils, présenter les victimes disparues en Croatie comme des personnes disparues au Kosovo pour le besoin d’équilibrer les crimes, tout cela pour diverses combinaisons possibles et pour encore d’autres motifs. Cette non-publication peut être un sujet de recherche intéressant. Il est également étonnant d’apprendre que le régime de Milosevic ne s’est vu opposer aucune résistance en Serbie, à de rares exceptions près, dont le nombre ne dépasse pas les doigts d’une main, comme : Dragisa Pavlovic (homme politique excommunié en 1987), Bogdan Bogdanovic (architecte et professeur contraint d’immigré en Autriche en 1993), Slavko Quruvija (journaliste exécuté par les services secrets serbes) et Natasa Kandic (fondatrice et directrice du Centre des droits de l’Homme de Belgrade) qui a étonnamment survécu à toutes les tempêtes et est à ce jour une épine dans le pied du régime de Belgrade.

Pour comprendre pourquoi ce changement ne se produit pas et qui, à mon avis, ne se produira pas dans les 40-50 prochaines années si certaines conditions ne sont pas remplies. Il faut dire quelques mots sur les programmes scolaires serbes du primaire et du secondaire. En tant qu’élève de ces écoles, après 40-50 ans, je me souviens encore aujourd’hui par cœur de nombreux versets de l’opus des chansons folkloriques épiques serbes. Cet opus est divisé en trois cycles dont l’un s’appelle le cycle du Kosovo. Les chansons/poèmes de cet opus ont trois motifs : la bravoure, la trahison et la malédiction. Étant donné que ces chansons ont été créées après l’occupation de l’Empire ottoman, il semble naturel qu’elles aient été destinées à sauvegarder le moral d’un peuple désespéré après la défaite, en hyperbolisant la bravoure des combattants serbes et en les transformant en légendes, tout en imputant la défaite à la trahison, et ceci sans mentionner le fait que d’autres peuples des Balkans ont également participé à la bataille du Kosovo, chose qui est confirmé par des faits historiques. Par ailleurs, la culpabilité de la trahison s’adresse au prince serbe Vuk Brankovic, un nom qui est devenu synonyme de trahison dans la littérature serbe.

Ensuite, puisque la trahison était la cause de pertes et de souffrances, alors la malédiction sur les traîtres devait être proférée. Selon les auteurs serbes, la grande majorité de ces chansons ont été composées par l’église serbe, certaines même des siècles après la bataille du Kosovo. Ainsi, il semble logique que la malédiction soit utilisée comme un outil, car elle est un domaine répandu dans le milieu ecclésiastique et religieux de manière générale. Un outil qui a un très grand pouvoir d’influence notamment sur la population au Moyen-âge. De quelles malédictions s’agit-il ? Je vais essayer d’illustrer avec une traduction simple, non poétique, qui sonne ici disgracieusement mais qui est belle et excitante dans le texte original :

Mais qui ne vient pas à la guerre au Kosovo
Que votre lignée disparaisse Que votre ouvrage soit stérile
Que vous n’ayez ni fille ni garçon
Un champ de blé blanc et aucune vigne sur votre rivage.

En lançant la malédiction sur tous ceux qui ne sont pas venus à la bataille du Kosovo, il est en fait appelé à ce que la trahison (présumée) ne se répète pas. À plusieurs reprises, la peur de la malédiction a maintenu son pouvoir à travers les siècles jusqu’à nos jours, en particulier dans les couches de la population à travers des superstitions, respectivement avec l’expression de sentiments religieux. Étant donné que les Serbes ont toujours des liens étroits avec leur église, la malédiction joue un rôle important, pour ne pas dire crucial. Ainsi, c’est cette mécanique que l’église serbe a présenté à son peuple au cours des siècles : affirmer que « le Kosovo est la souffrance, le cœur, l’âme, le berceau, Jérusalem… de la Serbie ». À l’époque moderne, parallèlement à l’Église, l’école a joué ce rôle, qu’elle continue de jouer aujourd’hui. De plus, le système éducatif est fortement influencé par l’Église. Un exemple suffit étayer cela lorsque le patriarche serbe Irinej a écrit au ministre serbe de l’Éducation en 2014 au sujet du livre d’histoire pour la sixième année de l’école primaire :  ”Il faut obliger l’éditeur et l’auteur à relativiser dans la nouvelle édition l’affirmation selon laquelle les Albanais sont un peuple autochtone dans la péninsule balkanique (page 42) ”*

Le jour de la bataille du Kosovo, le 28 juin, est une fête serbe appelée Vidovdan. Pour préserver le symbolisme, ce n’est pas un hasard si le 28 juin 2001, Slobodan Milosevic se rendait au Tribunal de La Haye. Donc, comme un traître sur qui la malédiction est tombée, car une fois de plus les Serbes ont perdu le Kosovo. En d’autres termes, la Serbie a livré Milosevic à La Haye, non pas parce qu’elle a causé la mort de centaines de milliers de personnes, violées, mutilées, laissées sans toit ou sans père et mère dans toute l’ex-Yougoslavie, mais parce qu’elle a perdu le Kosovo. Malgré le fait qu’il n’était rien d’autre que l’exécuteur des plans et des projets rédigés par l’Académie des sciences et des arts de Serbie à partir du « Mémorandum de l’ASHAS », un document connu du public depuis 1985/86. Le défaut de ce mémorandum et la raison de son échec, c’est qu’il ne prévoyait pas l’effondrement du mur de Berlin, ou plutôt l’effondrement de l’Union soviétique. Ainsi, ce n’était pas Milosevic qui était responsable de la perte du Kosovo mais les concepteurs du projet, qui ne pouvaient être reconnus coupables car ils devaient concevoir un nouveau projet, désormais plus adapté aux nouvelles conditions.

Pour finir, la Serbie peut même supprimer de sa constitution l’article qui définit le Kosovo comme faisant partie intégrante de la Serbie, et nous, avec les diplomates du monde, nous nous réjouirons en pensant que les Serbes ont changé, mais les Serbes ne peuvent pas changer sans supprimer leurs programmes scolaires puis leurs idées de leur tête, et aussi les parties qui parlent du Kosovo comme de la souffrance, du cœur, de l’âme, du berceau, de Jérusalem… de la Serbie. D’ici là, ils attendront patiemment un moment plus opportun pour annexer le Kosovo. Il a fallu cinq siècles pour la reconquérir sur la Turquie.

Et nous ne pouvons qu’espérer qu’en attendant, nous ferons soit le travail qui nous incombe, soit que l’empire euro-atlantique durera éternellement !

L’histoire nous enseigne qu’aucun empire ne dure éternellement.

*https://mondo.rs/Info/Drustvo/a820070/Izmenjen-sporni-udzbenik-istorije-za-sesti-razred-osnovne-skole.html

Texte écrit en albanais par Ali Mehmeti le 12 février 2017.
Traduit en français par Edon Duraku.

Dialogue Kosovo-Serbie : le principe de réciprocité au cœur de la discorde

Dialogue Kosovo-Serbie : le principe de réciprocité au cœur de la discorde

Le Premier ministre Albin Kurti dévoilant sa politique de réciprocité dans le dialogue Kosovo-Serbie.

« Cest maintenant que commence l’ère où la Serbie devra shabituer au principe de réciprocité », déclare le Premier ministre kosovar Albin Kurti sur son profil Facebook.

Par :
– Jehona Pnishi, étudiante en lobbying européen et représentation dintérêts.
– Arnaud Boutin, étudiant en Licence LLCER Albanais et Relations Internationales.

Le mercredi 29 septembre marque le début d’apaisement du bras de fer politique dans la région du Nord du Kosovo. Plus précisément, ce sont les postes-frontières de Jarinjë/Jarinje et de Bërnjak/Brnjak qui ont été heurtés par les foudres de la mesure tonitruante adoptée par Pristina : la rigoureuse « réciprocité ». En effet, depuis plus de deux semaines, dimportants troubles politiques viennent ébranler cette région assez âprement instable. À lorigine de cette escalade de tension entre le Kosovo et son voisin serbe, la décision du gouvernement kosovar dobliger tout véhicule provenant de la Serbie de se munir de plaque dimmatriculation provisoire de la République du Kosovo, afin de pouvoir entrer sur le territoire national. Si cette décision a fortement fait réagir le gouvernement du Président Aleksandar Vučić, considérant cette mesure comme une provocation, le gouvernement dAlbin Kurti se défend en rappelant que cette même mesure est imposée aux ressortissants kosovars voulant entrer sur le territoire serbe depuis plus de dix ans.

Désormais, un accord sur les plaques d’immatriculation a été signé entre le représentant kosovar Besnik Bislimi et le directeur du « Bureau pour le Kosovo-et-Métochie » Petar Petković à Bruxelles, sous l’égide du représentant spécial de l’UE pour le dialogue entre Belgrade et Pristina, Miroslav Lajčák. Un acte salué avec soulagement par l’Union européenne, mais qualifié de douteux par les partis d’opposition de chaque pays respectif.

La teneur et les termes précis de cet accord font débat au sein de la politique kosovare : plusieurs dirigeants de partis politiques ont demandé la publication de ce texte. Le vice-Premier ministre kosovar, B. Bislimi a brièvement abordé la contexture de laccord signé le 29 septembre. Sur son profil Facebook, B. Bislimi déclare que les conducteurs, tant du côté kosovar que serbe, peuvent désormais circuler dans les deux pays, à condition de recouvrir les symboles du pays dorigine par un autocollant blanc du pays darrivée. La mesure quavait imposé le Premier ministre kosovar il y a quelques semaines consistait à obliger les voitures provenant de Serbie à se déplacer avec une plaque kosovare temporaire,  comme exigeait la Serbie depuis des années pour les voitures kosovares voulant se rendre sur son territoire.  Il déclare que la partie serbe est daccord sur ce premier point, mais quil ne peut sappliquer sur les plaques dimmatriculation portant l’inscription KM (désignation de l’État serbe pour la région du nord du Kosovo), sous prétexte que ces dernières devraient avoir un traitement spécial. B. Bislimi précise par ailleurs que cet accord est provisoire, en attendant l’élaboration dun traité stable et durable. 

Sur le plan diplomatique, il est prévu par le présent accord que les barricades et les troupes armés serbes et kosovares quittent les lieux à partir du 2 octobre 2021. En revanche, il a été convenu que des effectifs de la KFOR soient présentes sur les lieux pour apaiser les tensions. 

La réciprocité politique, mesure récente adoptée par l’État kosovar dans son jeu diplomatique

En droit international, le principe de réciprocité implique le droit à l’égalité et au respect mutuel entre les États. De ce fait, un État nest a priori pas tenu dengagement envers un autre, si ce dernier nen fait pas de même. Suivant cette logique, un État appliquant des mesures pour les ressortissant dun autre État ne pourra pas contester les agissements de ce dernier sil décide dappliquer la même mesure. 

Depuis la fin de la guerre en 1999, le Kosovo est sous le tutorat et le protectorat international, et européen. Avec un objectif dintégration européenne, le pays reste aujourdhui surveillé de près par les acteurs de ces deux échelles de pouvoir. La Serbie, elle aussi, ambitionne à devenir pays membre de la grande famille européenne. Au vu de leur lourd passé conflictuel, lUE a imposé un accord définitif comme préalable à lintégration européenne des deux voisins. Dans les différentes négociations entre les deux États, le Kosovo occupe la place du bon élève qui suit les instructions des communautés internationale et européenne dans la prise de décision au cours des négociations. En revanche, la Serbie occupe la place de l’élève rebelle. Et pourtant, cest grâce à cette attitude que la Serbie a toujours réussi à obtenir ce quelle voulait au détriment du Kosovo. 

Aujourd’hui le Kosovo semble avoir appris ses leçons. Sa politique semble se définir par l’intervention limitée des acteurs étrangers et la prise de décisions politiques vis-à-vis de son voisin serbe devient plus ferme avec la récente application du principe de réciprocité. Il a été pour la première fois imposé en 2018 par le gouvernement Haradinaj, à travers la taxation de 100% sur les produits serbes et bosniens entrant au Kosovo[1]Une mesure qui avait fait fortement réagir la Serbie et avait beaucoup surpris la communauté internationale. 

La deuxième étape dans le principe de réciprocité est donc celle concernant les plaques d’immatriculation, mesure qualifiée par le gouvernement serbe d’une provocation grave par la République du Kosovo. Mais B. Bislimi, lors de son interview pour l’émission Interaktiv de KTV en date du 20 septembre[2], rappelle que « la mesure n’est pas contre les citoyens serbes, et n’a rien avoir avec des questions ethniques » mais signifie simplement que tout véhicule en provenance de la Serbie doit se munir de plaques d’immatriculation provisoires. Il rappelle également le contexte de cette mesure. En effet, cette mesure n’est pas une décision que le gouvernement kosovar aurait pris dans le but premier de provoquer ou de nuire à la Serbie, quand bien même, il serait en parfaite légitimité et légalité d’appliquer le principe de réciprocité tel que prévu par le droit international. B. Bislimi rappelle que cette décision intervient suite à l’expiration de l’accord existant jusqu’à présent. L’ancien accord datant de 2011, était un accord provisoire qui prévoyait qu’à terme les deux parties acceptent les plaques d’immatriculation de l’autre État simplement en cachant le symbole de l’État de provenance avec des autocollants blanc. Or, cet accord n’a jamais été respecté par la Serbie qui demandait malgré tout à chaque véhicule en provenance du Kosovo l’équipement avec des plaques d’immatriculation provisoires. Expirant le 15 septembre 2021, cet ancien accord a été remplacé par cette mesure de réciprocité en question, mesure en soit déjà prévue dans ce dernier, en attendant la négociation d’un nouvel accord. Ainsi, qualifier les agissements du gouvernement kosovar comme étant des actes provocateurs parait démesurément réducteur. La provocation reviendrait plus au côté du gouvernement serbe qui a décidé d’envoyer des troupes armées survoler la zone douanière, et qui a instrumentalisé les Serbes vivant dans le Nord du Kosovo où des émeutes et manifestations ont eu lieu avec des barricades.

Vers une émancipation du Kosovo vis-à-vis de lUE ou la simple réaffirmation de sa souveraineté ? 

Sur cette nouvelle mesure de réciprocité, l’Ambassadeur des États-Unis à Pristina, Philip Kosnett, et Peter Stano, porte-parole de lUE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, nont pas manqué de réaction en appelant les parties à garder leur sang-froid et à rapidement trouver un accord, en paix.

Aujourd’hui le Kosovo et la Serbie ont trouvé un accord provisoire sur la question des plaques d’immatriculation.

« Nous avons un accord ! Après deux jours d’intenses négociations, un accord sur la désescalade et la voie à suivre vient d’être trouvé. Je remercie Besnik Bislimi et Petar Petković pour leur disponibilité à négocier et à s’entendre pour le bien du peuple », a déclaré Miroslav Lajčák.

Cet accord peut être examiné dans trois dimensions. Au niveau des citoyens, cet accord est dans un premier temps un soulagement pour les pays dans leurs relations diplomatiques et politiques, et l’ensemble des populations. Il peut également être vu comme une affirmation du Kosovo dans sa stratégie diplomatique régionale, qui a décidé de marquer un tournant décisionnel en agissant en toute autonomie et comme un État pleinement souverain. 

Enfin, pour les plus sceptiques, comme un bon nombre des partis dopposition, cet accord est une victoire déguisée du Kosovo dans ces négociations. En effet, laccord obtenu, qualifié par ailleurs comme « accord de stickers », est un retour en arrière pour l’État du Kosovo et ne relève pas spécialement dune progression ou dune affirmation du Kosovo dans la scène diplomatique puisque la mesure d’autocollants obtenue est une mesure qui date de laccord de 2011. 

Quoi quil en soit, il convient de noter que, malgré la présence jugée souvent passive de lUE au Kosovo ou en Serbie, sa médiation reste encore nécessaire, voire obligatoire pour éviter tout débordement de la situation entre les deux voisins. Ce jeu du chat et de la souris semble perdurer pour toujours. Dans leur perspective d’aspiration à l’intégration européenne, il est nécessaire que ce jeu prenne fin via un terrain d’entente entre les deux parties, ainsi que par leur reconnaissance mutuelle.

Références :

[1] ↑ Radio Evropa e lirë : Kosova rrit taksën doganore për Serbinë dhe Bosnjën në 100 për qind, 2018.
[2] ↑ KTV – Kohavision : Arrihet draft-marrëveshje në Bruksel për targat, 2021.
Après l’UÇK et la guerre au Kosovo, le rôle et les limites de la justice transitionnelle

Après l’UÇK et la guerre au Kosovo, le rôle et les limites de la justice transitionnelle

Cet article a été coécrit par Arnaud Boutin et Jehona Pnishi.

Tout comme “[l]a cause juste de lindépendance du Kosovo appelle à un devoir de supériorité morale”, il en va de même lorsqu’il convient de “regarder son passé en face, ce que la Serbie est toujours incapable de faire”. C’est dans cette optique développée par Loïc Trégourès, spécialiste des Balkans occidentaux, que les Chambres Spécialisées de la République du Kosovo ont été envisagées et initiées.

Rappel des faits, influence et portée des Chambres Spécialisées

Le 3 août 2015, l’Assemblée nationale du Kosovo adoptait le 24ème amendement de la Constitution kosovare sous l’impulsion du rapport du député suisse Dick Marty auprès du Conseil de l’Europe. C’est sur le fondement des allégations de ce dernier dénonçant un trafic d’organes perpétré par l’UÇK (Armée de Libération du Kosovo (ALK) – Ushtria Çlirimtare e Kosovës en albanais) qu’ont été créées les Chambres Spécialisées, qui ont récemment inculpé des anciens combattants de l’UÇK devenus acteurs politiques du pays au sortir de la guerre. Ainsi, Jakup Krasniqi, président de l’Assemblée du Kosovo de 2007 à 2014, Kadri Veseli, le succédant à ce poste de 2014 à 2019, Hashim Thaçi, président du Kosovo de 2016 à 2020, et Rexhep Selimi, député du parti Vetëvendosje! (Autodétermination) sont accusés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis au Kosovo entre le 1er janvier 1998 et le 31 décembre 2000. Les Chambres Spécialisées représentent tous les niveaux du système judiciaire kosovar et fonctionnent conformément aux lois applicables dans le pays et au droit international coutumier ainsi qu’aux droits de l’Homme. Elles se composent de deux organes : les chambres, qui remplissent une fonction judiciaire tout en reflétant la structure juridique nationale en raison de leur représentativité de toute la hiérarchie juridictionnelle du Kosovo. Quant à l’administration et les autres tâches des Chambres Spécialisées, c’est le deuxième organe, le bureau administratif, qui en a la charge. Le Bureau du Procureur Spécialisé, lui, est un organe indépendant chargé d’enquêter et de poursuivre les crimes relevant de la compétence des Chambres Spécialisées. Afin de garantir leur impartialité dans les jugements, ces dernières sont composées uniquement de juges internationaux et sont basées à la ville de La Haye, aux Pays-Bas.

C’est précisément au nom de cette supériorité morale que la classe politique kosovare et l’opinion publique étaient consentantes à punir tout éventuel crime de guerre et crime contre l’humanité à travers ces Chambres Spécialisées dont la création a été permise par l’ancien président du Kosovo Hashim Thaçi. Toutefois, cette approbation publique était loin de consentir à ce que semble être aujourd’hui l’affaiblissement manifeste et obstiné de la cause juste de l’UÇK troublée et annihilée par le marasme d’un florilège d’assertions. De plus, ce n’est pas la première fois que son image en tant qu’organisation se fait étriller devant des juridictions par l’inculpation de ses anciens combattants. En effet, c’était dans un premier temps le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) qui était chargé de traduire en justice les personnes présumées responsables de violations graves du droit international humanitaire commises sur le territoire de l’ex-Yougoslavie depuis 1991. Le TPIY a inculpé à deux reprises l’ancien premier ministre kosovar Ramush Haradinaj, pour finalement l’acquitter de ses charges. Une décision qui a soulagé la société kosovare, principalement la classe politique, dans la perspective de l’héritage de l’UÇK, mais qui a irrité le discours serbe qui insistait sur l’existence de “pressions” envers les témoins.

Certains jugent la création des Chambres Spécialisées comme constituant un nouvel espoir qui comblerait les prétendues lacunes des décisions du TPIY en lien avec les anciens combattants de l’UÇK jugées partiales et inconsistantes. Tandis que d’autres y voient un acharnement et une réelle volonté de nuire à l’image de la cause juste de l’UÇK ainsi qu’à celle du Kosovo en tant que pays; cela ferait de la guerre pour son indépendance un engagement illégitime. Même si cette cause juste de l’UÇK n’en est aujourd’hui pas moins fortement diffamée et calomniée, “il ne faut jamais oublier que ce nest pas parce que lautre se comporte mal que ça justifie ou atténue un mauvais comportement que lon aurait soi-même”.

Incidences sur la postérité de l’UÇK 

Ainsi, en plus d’avoir empêché Hashim Thaçi de partir signer un quelconque document avec le président serbe Aleksandar Vučić dans le Bureau ovale, les Chambres Spécialisées jouent un rôle d’une certaine importance dans l’avancée des négociations et des relations entre le Kosovo et la Serbie. Selon Loïc Trégourès, “[ç]a n’intéresse pas Vučić de régler la question du Kosovo, et de toute façon l’opinion serbe n’y est pas du tout prête si l’on en croit la dernière étude de Bezbednost”. Il rajoute qu’aux yeux du président serbe et à ceux de l’Église orthodoxe, “le Kosovo est le coeur de la Serbie, le temps n’a donc aucune importance”. En effet, prétendue région historique serbe perdue au profit des Ottomans il y a plus de 630 ans, les milieux religieux et politique serbes pensent majoritairement que le Kosovo finira par leur revenir. La détérioration des relations fragiles entre les deux pays ne peut être que l’unique résultat de l’adjonction à cette instabilité au Kosovo de propos et actes ternissants qui déligitiment plus de manière collective qu’individuelle le combat et la cause de l’UÇK.

De plus, de par le soutien presque universel à cette armée de libération de la majorité des albanophones, ces inculpations suscitent chez eux un vrai débat. La flamme de ce dernier est ravivée par le statut du tribunal chargé d’accuser l’ancien président et ses anciens frères d’arme. Les Chambres Spécialisées ont en effet vu le jour grâce aux répercussions du rapport de Dick Marty qui accusait l’organisation militaire qu’a été l’UÇK de trafic d’organes. Or aujourd’hui, ces chambres de droit kosovar délocalisées à La Haye accusent les anciens combattants de cette armée de libération de nombreux crimes, mais pas de trafic d’organes. Les preuves du rapport de Dick Marty, qui sont pourtant la pierre angulaire de l’existence de ces chambres, sont aujourd’hui laissées en suspens et ne figurent dans aucune des accusations. Cet élément alimente aujourd’hui les débats sur la continuité de la mission et l’existence même de ces dernières.

Le passage de l’accusation d’un groupe à des individus s’accompagnant de l’omission du plus important chef d’accusation-le trafic d’organes-se révèle alors tout de même assez ubuesque et saugrenu. Il n’en reste pas moins que cet aspect ne peut en aucun cas révéler une impartialité dans le traitement du sujet du Kosovo et de sa guerre; l’UÇK et son héritage en sont au contraire affaiblis. Néanmoins, il convient de ne pas oublier que “ce n’est pas parce que l’UÇK était du bon côté de l’Histoire face à la Serbie de Milošević que ses commandants peuvent être absouts des crimes éventuels commis en marge de cette guerre, que ce soit contre des Serbes, ou contre des Albanais rivaux politiques”. Cet affaiblissement de l’image de la lutte pour l’indépendance et surtout de l’image du Kosovo en tant que pays vis-à-vis de la Serbie profite à cette dernière. Comme le dit justement Loïc Trégourès, “Il y a bien entendu une injustice au regard de l’absence relative de condamnations d’officiers serbes”. L’influence négative des Chambres Spécialisées dans les relations entre les deux pays se combine avec l’incompréhension devant l’inculpation ou l’accusation d’aucun officier serbe. “On ne peut pas reprocher, à bon droit, aux Serbes de protéger leurs criminels, quand on ne sait pas admettre qu’il y en a aussi chez soi.” Tout de même, la présidente des Chambres Spécialisées du Kosovo, Ekaterina Trendafilova, affirmait en 2017 que “les chambres ne poursuivront aucun groupe ethnique. Elles ne poursuivront aucune organisation. Elles ne poursuivront et ne tiendront responsable que des personnes individuelles”. Loïc Trégourès rappelle à juste titre que certaines personnes “confondent aussi les individus incriminés avec l’UÇK. C’est très compréhensible, mais ça n’en demeure pas moins faux”. La dissociation reste néanmoins assez difficile à faire, impactant ainsi les relations entre les deux pays voisins et fragilisant le Kosovo constamment rappelé sur son banc d’accusé dans les négociations avec la Serbie. Il pâtit en effet de la propagation des nombreux assentiments à une infériorisation allant en son encontre par le biais de déconsidérations contre l’UÇK, ce qui déséquilibre évidemment la discussion interétatique. Avec ces attaques contre l’ancienne armée de libération, le Kosovo est d’emblée dirigé vers le siège du camp fautif.

Ce qui est certain, c’est que si ce jeu sempiternel d’accusations perdure, cela devrait potentiellement obstruer la course à l’intégration européenne des deux pays. Quant à la stabilité de la région qui leur est requise, la Serbie joue un rôle-clé mais l’aggravation de son différend avec le Kosovo ne devrait pas la propulser de sitôt sur la voie européenne. De la même manière, ce bon voisinage est nécessaire pour une intégration à l’OTAN ; le Kosovo est fortement plus favorable à l’alliance transatlantique que la Serbie, encore pétrifiée et rancunière des bombardements de 1999. Le Kosovo, lui, a plus fort à faire avec son affirmation sur le plan international qui passe assurément par une adhésion à l’ONU. Celle-ci ne pourra être possible tant que la moitié des pays siégeant aux Nations Unies ne reconnaissent pas son indépendance et que la Serbie continue sa campagne de déreconnaissance. Aujourd’hui, l’heure est à la tenue d’élections législatives puis d’élections présidentielles pour lesquelles Loïc Trégourès affirme qu’“on sent qu’une alternative existe et qu’elle n’est pas loin”. Ces dernières pourraient laisser entrevoir une possibilité de gestion plus souveraine tant interne qu’externe du Kosovo.

Enfin, dans le débat concernant les Chambres Spécialisées, si chacune des parties concernées trouve des arguments allant dans leur sens, une chose commune à ces deux juridictions peut en attendant être relevée. Ni le TPIY, ni les Chambres Spécialisées, n’ont montré de réelle efficacité dans la poursuite équitable de personnes ayant potentiellement commis des crimes de guerre, de crimes contre l’humanité ou des violations graves du droit international humanitaire. Face à ces faits et ce manque de proportionnalité, le peuple kosovar a quoi qu’il en soit perdu toute confiance en cette justice transitionnelle promue par la communauté internationale. Ce problème d’efficacité judiciaire survenu en premier avec le TPIY semble perdurer et muter sous une forme moins abstraite mais plus décriante avec les Chambres Spécialisées. Suite à deux premières apparitions initiales, le procès des quatre accusés se tiendra probablement dans les années à venir, sachant que les avocats de la défense ne l’attendent pas avant l’été 2022 tandis que le Bureau du Procureur Spécialisé souhaite qu’il se déroule au courant de l’année 2021.

Ainsi, un semblant de manque d’impartialité dissimulé se dissémine graduellement autour de l’image et la symbolique patrimoniales de l’UÇK et, par extension, autour de l’image du Kosovo déprécié. L’absence ou la consécration de certaines décisions judiciaires importe peu et l’impartialité intégrale semble compromise dans le contexte difficile et opiniâtre des Balkans. De plus, cet aspect s’applique aussi et surtout au Kosovo où la nécessité de traiter les parties d’égal à égal est la plus importante de tous les conflits de la région et où ce traitement appellerait au jugement, à l’inculpation ou à l’enquête concernant la partie serbe de la même manière que des Albanais du Kosovo sont inculpés pour des éventuels crimes commis dans cette période de tensions.

Une nouvelle ère politique au Kosovo

Une nouvelle ère politique au Kosovo


Partisan·ne·s de Vetëvendosje, Prishtina, 12 février 2021.

Le mouvement Vetëvendosje (Autodétermination), qui se présente comme « un parti social-démocrate », a fait l’objet d’un véritable plébiscite en remportant les élections législatives avec 50% des suffrages.

Une victoire sans précédent dans l’histoire politique du jeune État balkanique. Un cri d’espoir dans un pays gouverné pendant plus de 20 ans par une classe politique qui a imposé le népotisme, le clientélisme et la corruption comme la norme. Ce sont précisément les échecs successifs des gouvernements précédents et la volonté clairement établie du parti de Vetëvendosje de lutter contre la corruption et de mettre en place des politiques sociales qui l’a hissé comme la principale force politique du Kosovo. 

Albin Kurti et Vjosa Osmani 

Albin Kurti, un brillant orateur issu de la gauche radicale, est un personnage central du parti Vetëvendosje. Il est connu notamment pour avoir été emprisonné dans les geôles serbes à la fin de la guerre du Kosovo, en raison de son activisme dans les mouvements estudiantins. 

En février 2020, Albin Kurti avait été nommé premier ministre au sein d’un gouvernement de coalition avec la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), un parti de centre droit. Toutefois, son gouvernement tombe en pleine pandémie après 52 jours, suite à une motion de censure initiée par son partenaire de coalition. En effet, Albin Kurti prévoyait de remplacer la taxe de 100% des produits serbes instaurée par son prédécesseur, par un traitement réciproque de leurs relations commerciales. L’administration Trump, en désaccord avec ces modalités, a fait pression sur la LDK pour faire éclater le gouvernement de coalition.

Un gouvernement illégitime est ensuite élu sans le vainqueur des élections. Ce coup d’État institutionnalisé orchestré, également par la cour constitutionnelle du Kosovo, a eu pour effet de donner du crédit à Vetëvendosje. En outre, Vjosa Osmani, la tête de liste du LDK, fermement opposée à la motion de censure sera quant à elle démise de toutes ses fonctions au sein de son parti politique. Elle rejoint la liste d’Albin Kurti pour les élections législatives de 2021, en compagnie de neuf de ses partisans du LDK afin de contrecarrer tous les plans empêchant Vetëvendosje d’accéder au pouvoir. 

La chute du gouvernement d’Albin Kurti aura raison des partis politiques ayant signé la motion de censure. Le LDK est réduite à un score de 13%, près de la moitié des voix obtenues lors des élections précédentes. Quant au Parti démocratique du Kosovo (PDK), le principal parti responsable du chaos politique régnant au Kosovo depuis de l’indépendance en 2008, il se voit attribuer 17% des suffrages. Ce chiffre, le plus faible depuis la création du parti, est en partie dû à l’emprisonnement des deux figures majeures du PDK, accusées de crimes de guerres, sous les verrous à la Haye depuis novembre 2020.  

Une aspiration populaire pour le changement

L’alliance entre Albin Kurti et Vjosa Osmani a séduit de nombreux·euses électeurs·trices désireux·ses de profonds changements politiques, sociales et économiques, mais aussi un renouvellement de leurs représentant·e·s politiques. Dans leur majorité, la diaspora, la jeunesse et les femmes (à 61%) ont voté pour le parti Vetëvendosje.

Vetëvendosje entend en finir avec l’ancien régime en répondant à des priorités sociales, comme assurer la gratuité des frais de scolarité pour les étudiant·e·s, des congés parentaux et des services de protection sociale notamment pour les mères célibataires et les personnes âgées.

Le défi est de taille pour le nouveau binôme. En effet, les institutions du Kosovo demeurent fragiles, les privatisations abusives durant plusieurs années ont coupé l’herbe sous le pied des ressources du pays et un taux de chômage de 40%, poussent les jeunes à émigrer. 

Sur la scène internationale, le Kosovo est également empêtré depuis de nombreuses années dans un dialogue avec la Serbie, mené par l’Union européenne, dans le but de normaliser leurs rapports. Toutefois, le jeune État est constamment amené à faire des concessions alors que la Serbie ne reconnaît toujours pas l’indépendance du Kosovo. Nombreuses sont les tentatives de s’immiscer dans sa politique interne, par le biais notamment de la Liste Serbe, un parti politique dirigé par Belgrade qui a manipulé les votes des minorités pour s’accaparer les sièges assurés par la Constitution. Le dialogue avec la Serbie ne demeure pas une priorité pour Albin Kurti, qui s’est pourtant exprimé en faveur d’un dialogue avec la communauté serbe au Kosovo.  

Les autorités du Kosovo avaient pour défi de construire un État de droit et démocratique, pourtant la trajectoire du Kosovo est celle d’une désillusion constante. Les attentes populaires sont donc énormes après la victoire du Vetëvendosje.

Ce texte a été initialement publié dans le journal de SolidaritéS en Suisse.

Le dernier juge que j’ai vu avait plus de vices que le dealer de ma rue

Le dernier juge que j’ai vu avait plus de vices que le dealer de ma rue

Manifestation du 9 janvier 2016 – l’edoniste.

En à peine deux jours, deux affaires viennent ternir, une fois n’est pas coutume, le système judiciaire du Kosovo. La première concerne la démission d’un magistrat britannique en fonction dans la mission Eulex et la seconde se rapporte à la condamnation de quatre jeunes activistes du Mouvement Autodétermination par le tribunal de première instance de Prishtina.

Le 16 novembre 2017, le magistrat Malcolm Simmons révèle au journal Le Monde sa démission d’Eulex, la mission de l’union européenne sensée accompagner le Kosovo dans le processus de construction d’un Etat de droit et démocratique. Le juge dénonce une série de dysfonctionnements au sein de la mission, notamment des pressions qu’il aurait subies en 2013 pour condamner Fatmir Limaj (ancien commandant de l’armée de libération du Kosovo et président du parti NISMA) dans le but de l’empêcher de se présenter aux élections législatives. « Eulex n’est pas une mission visant à promouvoir un Etat de droit. C’est une mission politique. Quiconque pense le contraire est soit naïf, soit stupide. » confie le juge au journal Le Monde. Le britannique dénonce également d’autres fraudes de la part de certains juges, mais aussi les constantes pressions qu’ils subissent de leurs supérieures politiques. « Ils veulent que le gouvernement kosovar rentre dans le rang et fasse ce que l’UE lui dit de faire. Beaucoup de mes collègues sont honnêtes et droits. Mais ils ne combattent pas le système, ils s’en accommodent, car ils savent que s’il leur venait à l’idée d’agir correctement, il leur arriverait des problèmes»

À l’origine l’Eulex était l’unique organe juridique du Kosovo, mais depuis 2014, la mission a pour but de soutenir et d’accompagner les juges du Kosovo dans leur travail. Depuis bientôt dix ans, aucune grosse affaire de corruption et de crime n’a été sanctionnée ni par les juges du Kosovo, ni par Eulex. Il semble que le système judiciaire du Kosovo soit submergé par des enjeux de pouvoir auxquels se livrent les différentes mafias politiques du pays. Les hauts fonctionnaires d’Eulex ne semblent cependant pas pouvoir résister à l’hospitalité albanaise, ou plutôt aux généreux pots de vins que les politico-mafieux ont pour habitude de passer sous la table. À quoi bon être victime quand on peut être complice ? Voilà que ceux qui devaient amener la justice, le droit et la connaissance rentrent chez eux, en ayant beaucoup plus appris que transmis, et en guise de récompense, un porte-monnaie confortablement renflouée. Si l’expérience du juge Simmons est malheureuse, ses déclarations ne sont en réalité qu’un arbre qui cache une immense forêt.

Si les coupables ne sont pas condamnés au Kosovo, à l’inverse, ce sont ceux qui réclament justice, ceux qui se soulèvent contre ce régime criminel, ceux qui refusent de se soumettre, ceux qui sont animés par une profonde envie de changement dans ce pays, qui sont renvoyés en prison pour des infractions qu’ils n’ont pas commises. C’est en effet le verdict qui est tombé le 17 novembre, le lendemain des révélations de Simmons. Quatre jeunes du Mouvement Autodétermination sont condamnés pour terrorisme : Adea Batusha est condamnée à 2 ans de prison, Atdhe Arifi à 6 ans, Egzon Haliti à 5 ans et Frashër Krasniqi (élu député en juin dernier) est condamné à 8 ans d’enfermement. Et il ne faut pas oublier Astrit Dehari, pour qui la condamnation à mort le 5 novembre 2016, a été maquillé par un suicide en prison ; une affaire par ailleurs toujours irrésolue. Ces erreurs judiciaires tuant et condamnant des activistes remontent au 5 Août 2016 lorsqu’un explosif est lancé sur le bâtiment du Parlement. « Pour une demi-brique et quatre demi-fenêtres. » dira l’écrivain Rexhep Qosja. Immédiatement, ce sont les activistes du Mouvement Autodétermination qui sont désignés comme étant coupables. Très vite, six d’entre eux sont arrêtés (l’un d’entre eux a été libéré). Ces arrestations interviennent alors que diverses manifestations populaires, déstabilisant le régime, ont lieu au Kosovo et après que des écoutes téléphoniques, du chef du groupe parlementaire du PDK, Adem Grabovci, révèlent que ce dernier place des membres de son parti à la direction des institutions de l’État. Ces arrestations avaient donc pour unique but de nuire au Mouvement Autodétermination. La condamnation des quatre jeunes activistes le 17 novembre s’inscrit donc dans cette même logique, d’autant plus qu’il n’y aucune preuve, aucun témoin oculaire, aucun témoignage liant les activistes avec l’attaque du Parlement. Le Tribunal de première instance de Prishtina a même envoyé des images au FBI pour tenter de vérifier si deux des activistes étaient liés à l’attaque. L’agence étasunienne a annoncé que selon les images qu’elle possède, elle est dans l’incapacité d’identifier les personnes inculpées. Ces condamnations ne sont en effet que d’ordre politique, intervenant d’autant plus deux jours avant le 2ème tour des élections communales. Le but étant de discréditer le Mouvement Autodétermination qui tiens par ailleurs la mairie Prishtina et, a de fortes chances de remporter Prizren, la deuxième plus grande commune du pays1.

Les Albanais et le Mouvement Autodétermination n’en resteront pas là. Si les méthodes de ce régime autoritaire et corrompu jusqu’à la moelle ressemblent de plus en plus à celles du régime de Milosevic, il ne reste qu’aux Albanais seuls, une fois de plus, à affronter un appareil d’Etat qui engorge la justice, la démocratie et toutes autres bonnes volontés citoyennes agissant pour le bien du pays.

La politique et la justice n’existent pas au Kosovo. Il sera impossible de construire un Etat de droit et démocratique dans ce pays tant que les leaders politico-mafieux gouverneront. Il n’y a pas de clivage gauche-droite au Kosovo, il n’y a que le Mouvement Autodétermination contre tous les autres, qui ont bientôt épuisés toutes les possibilités de s’allier les uns avec les autres. On reproche au Mouvement sa prétendue violence, son soi-disant radicalisme et son gaz lacrymogène au Parlement. Alors qu’en réalité, ces moyens ne sont que de faibles réponses face aux méthodes virales et vénéneuses d’un pouvoir criminel.

 

NB : Le titre est un hommage au morceau de Dj Cut Killer dans le film « La Haine. »
1. ↑ Le Mouvement Autodétermination a finalement, non sans difficultés, réussi à garder la gouvernance de Prishtina et a, de plus, remporté deux autres communes : Dardanë et la mairie de Prizren, la deuxième plus grande commune du pays.
Le trône du Kosovo

Le trône du Kosovo

La fontaine – Marcel Duchamp – 1917.

Le trône du Kosovo

Si la politique au Kosovo devait se résumer à une œuvre artistique ce serait la Fontaine de Marcel Duchamp. Et même si cet urinoir est bien trop immaculé pour la représenter fidèlement, il possède l’avantage d’avoir été signé au nom de Mutt, ce qui signifie littéralement merde en Albanais. Je ne crois pas que cela eut été un hasard, tout porte à croire qu’il y a de cela 100 ans, Duchamp allait réaliser une œuvre prémonitoire destinée au Kosovo. L’artiste ne se doutait cependant pas de l’ampleur de l’œuvre qu’il avait accomplie. Jamais il n’aurait imaginé que la politique au Kosovo allait être à ce point engloutie par les défécations des élites politiques, atteintes de gastroentérite après la guerre et se précipitant tour à tour, pour déverser leurs selles dans cette grande fosse septique qu’est devenue la scène politique du Kosovo.

Ça va encore puer !

Ne vomissez pas tout de suite, nous n’en avons pas terminé avec la matière fécale qui accompagne si fidèlement ce pays. Pour la suite de la lecture, je vous conseille de vous munir d’un seau vide que vous déposerez à une distance raisonnable pour vos rejets alimentaires. Les ambassadeurs américains ont par ailleurs très bien compris sur quelle matière première travaillent majoritairement les politiques du Kosovo. L’ambassadrice américaine Tracey Ann Jacobson avait sommé les politiciens Albanais, dans leur propre langue pour qu’elle soit sûre de se faire comprendre, de ne pas chier sur le travail. Mos e dhini punen avait-elle dit. Ce qui signifie plus poliment : ne gâchez pas le travail. Son prédécesseur, Christopher Dell, que j’ai décidé d’appeler ici le pisseur de la démocratie, tout aussi clairvoyant que Jacobson, choisi d’adopter un comportement plus semblable aux élites politique du Kosovo. En 2011, il tentait d’influencer le vote des députés en leur envoyant des SMS pour l’élection présidentielle. Le pisseur ne s’arrêta pas à ce premier jet, sa vessie éléphantesque se préparait à évacuer un torrent. Lors de son investiture (2009-2012), le gouvernement du Kosovo mandata deux entreprises pour construire la première autoroute du Kosovo. C’est l’américain Bechtel et le turc Enka qui obtinrent le mandat. L’addition devait s’élever à l’origine à 400 millions d’euros mais en coûta finalement 800, soit plus de la moitié du budget du Kosovo. Enfin, le miracle eu lieu après le mandat du pisseur, lorsque celui-ci fut directement promu au conseil d’administration de Bechtel. Ah la saveur de la pisse américaine, n’est-ce pas une pure pisse d’or ? Prenez maintenant le seau et vomissez ! 

Ibrahim, il ne fallait pas tant fumer

Il est nécessaire, pour la suite de cet article, de vous présenter les principaux partis politiques responsables du chaos régnant au Kosovo. Il y a dans un premier temps le plus ancien parti du Kosovo, le LDK, dont le président fut Ibrahim Rugova. Le LDK dominait la scène politique jusqu’à la mort de ce dernier en 2006. Après cela, le parti sera divisé par ceux se considérant comme les héritiers spirituels de Rugova. Onze ans après sa mort, certains pensent toujours que LDK suit l’idéologie de Rugova, que celui-ci veille sur eux dans l’au-delà, les guidant vers les chemins de la connaissance et de la vérité. Mais le LDK est depuis longtemps entré dans les magouilles de son successeur, du plus infâme parti du Kosovo : le PDK. À sa tête, son cou et ses pieds : Hashim Thaçi, dit le serpent. Ce dernier accumule le poste de premier ministre, de vice-premier ministre, de président, et accessoirement de plus grand mafieux du Kosovo. Le LDK et le PDK étaient les deux principaux opposants politiques du Kosovo. Cependant, avec l’arrivée progressive du Mouvement Autodétermination (LVV), ces deux partis ont préféré former une coalition et gouverner ensemble. Quant à l’opposition, elle est formée par le Mouvement Autodétermination, le AAK sur lequel je reviendrai plus tard, et le parti NISMA.

Résultat des élections législatives au Kosovo en 2014.

Voici maintenant un petit bilan du travail effectué par la coalition PDK-LDK depuis 2014. La liste ci-dessous n’est évidemment pas exhaustive. 

  • Plus de 100’000 Albanais du Kosovo fuient le pays.
  • Tentative d’ingérence de la Serbie par l’association des communes serbes.
  • Démarcation de territoire offrant plus de 8’000 km2 au Monténégro.
  • Construction d’un mur à Mitrovica séparant Albanais et Serbes.
  • Des appels sur écoute du chef du groupe parlementaire du PDK, Adem Grabovci, révèlent que celui-ci place des membres de son parti dans les institutions du Kosovo.
  • Arrestation massive des activistes du Mouvement Autodétermination (LVV).
  • Introduction brutale et illégale de la police dans les locaux du Mouvement Autodétermination (LVV).
  • Le gouvernement tente d’anéantir le LVV en l’accusant de terrorisme.
  • Mort suspecte en détention provisoire d’Astrit Dehari, activiste de LVV.
  • Pays le plus corrompu en Europe selon Transparency International.
  • Pays le moins libre selon Freedom House.
  • Pays dont les performances scolaires sont les plus basses selon le rapport PISA.
  • Échec diplomatique concernant la reconnaissance du Kosovo par l’UNESCO.
  • Élections de Hashim Thaçi comme président alors que des centaines de policiers et de snipers surveillent les milliers de manifestants au Parlement.

Cette législature a également été marquée par un grand nombre de manifestations organisées par l’opposition. Enfin… opposition est un bien grand mot car le AAK et NISMA n’ont pas la moindre idée de ce que représente une manifestation. Ils se sont en effet simplement cachés derrière le LVV, profitant de l’occasion de contester pour contester. Ils sont dans l’opposition et ils s’opposent au fait qu’ils ne soient pas dans le gouvernement.

Valseurs et valseuses

Le gouvernement de coalition PDK-LDK a été le pire qui ait gouverné le pays depuis la fin de la guerre. Quoi de pire que de voir s’allier des criminels à des incompétents au sein d’un gouvernement ? En réalité, le Kosovo n’a peut-être pas encore échappé au pire, nous verrons cela très bientôt. Dans l’incapacité de diriger le pays, le gouvernement est dissout le 10 mai par une motion que le parti NISMA fait signer à la majorité des députés. Cette motion sera, j’en suis sûr, retenue dans l’histoire, non pas du Kosovo, mais du parti NISMA comme étant le seul acte politique sérieux qu’ils aient accompli de leur vie. Les élections sont très vite fixées au 11 juin. Le 17 mai, c’est la stupéfaction : le AAK et NISMA décident de se présenter aux élections en faisant liste commune avec le PDK, parti contre lequel ils s’étaient opposés depuis 3 ans. La coalition se fait très vite appeler PAN1. En hommage certainement aux coups de feu tirés par Hashim Thaçi et son acolyte Kadri Veseli pour éliminer leurs opposants politiques et militaires pendant et après la guerre du Kosovo.

Rambo au pays des bovins

Le PDK avait bien préparé le terrain, travaillant dans l’ombre comme à son habitude. La motion signée par NISMA avait donc été montée de toute part. Mais comment le PDK est-il parvenu à convaincre le AAK de se joindre à la coalition ? Sans vouloir tomber dans le piège conspirationniste du type des sophistes d’égalité & réconciliation, je vais ci-dessous exposer des faits que je vous laisse interpréter comme bon vous semble. Avant cela, il convient toutefois de vous présenter un personnage clé de cet article : Ramush Haradinaj, fondateur de son parti le AAK, qu’il préside depuis sa création. Ramush est un ancien combattant très respecté au Kosovo.  Surnommé parfois Rambo, il est connu pour sa vivacité d’esprit et pour l’immense bagage que constitue son vocabulaire onomatopéique. Ne sous le sous-estimez pas, en cliquant sur ce lien, vous pourrez voir à quel point son imitation de la vache est réussi. Parvenir à placer un beuglement pour répondre à une question politique, relève du génie. Au début, je me suis dit qu’il empocherait deux ou trois-cent euros d’un pote lui ayant lancé ce défi. Après coup, je me suis demandé s’il n’était pas tout simplement idiot. J’ai préféré opter pour la deuxième proposition. Le rêve de Rambovin, (ce surnom lui convient mieux ne trouvez-vous pas ?) c’est être premier ministre. Quand il sera sur le trône, tous les problèmes du Kosovo s’envoleront grâce à son aura enchanteresse. Voici ce qu’il propose pour améliorer les rapports avec la Serbie : il faut être ferme et dire aux serbes que ce qu’ils font au Kosovo n’est pas bien, que c’est injuste et que s’ils continuent bah on sera pas content. Levez-vous et applaudissez ! Le véritable problème de Rambovin c’est qu’en plus de se prendre pour Achille, il se croit tout autant être Ulysse. Si un jour on pouvait seulement lui dire : Rambo, laisse Ulysse fabriquer son cheval et va-t’en imiter les vaches avec ce troupeau au loin ! Au fond de moi, j’ai véritablement de la peine pour Rambovin et tous ceux qui, comme lui, n’existent que par la guerre. Parfois la nuit je prie pour qu’une nouvelle guerre éclate au Kosovo, uniquement dans le but que ces bonhommes puissent se sentir un jour à nouveau utiles.

Mais comment le PDK est-il parvenu à convaincre Rambovin ? Pour cela, Il faut noter que ce dernier avait été accusé de crime de guerre par le tribunal pénal international. Il fut jugé et acquitté à la Haye en 2008. Cependant, le 4 janvier 2017, il est arrêté par la police française à l’aéroport de Bâle-Mulhouse, sur la base d’un mandat d’arrêt émis par la Serbie. Il est finalement libéré le 27 avril. Voici un petit rappel du calendrier : le gouvernement est dissout par la motion de NISMA le 10 mai, la coalition PAN-PAN CUL-CUL est formée le 17 mai et Rambovin devient le candidat au poste de premier ministre de la coalition. Il est libre à vous maintenant d’interprétez les faits que je vous expose ici, j’aimerais juste ajouter une petite information que j’ai obtenue d’une source sûre : Hashim Thaçi connaît par cœur le numéro de téléphone de son homologue serbe Aleksandar Vučić. 

11 juin

Sur l’image ci-dessous vous pouvez voir que LDK décide également de se présenter aux élections dans une liste commune avec deux autres petits partis (LAA). Quant au Mouvement Autodétermination, il se présente seul. La campagne électorale commence sur les chapeaux de roues. La LAA et PAN-PAN CUL-CUL ont les jambes tremblantes face à un LVV qui domine tous les débats avec une facilité déconcertante. Ces deux coalitions ne font pas le poids face à un Mouvement qui s’est construit progressivement autour d’un programme social-démocrate, alors que les premiers s’allient uniquement dans l’optique de gouverner et ceci sans un programme politique commun. Le PDK refusera même de participer aux débats télévisés, tant que les chaînes ne leur offrent un temps de parole deux fois supérieur au LAA et trois fois supérieur au LVV. De plus, il n’y a pas eu de débats entre les trois candidats au poste de premier ministre : Albin Kurti (LVV), Avdullah Hoti (LAA) et Rambovin (PAN-PAN CUL-CUL). Ce dernier, dont les déclarations plates et stupides ne se comptent plus, refusait de débattre avec ses deux concurrents, car ils sont selon lui, d’un niveau intellectuel inférieur au sien.

Les élections ont finalement lieu le 11 juin. Les résultats préliminaires sont publiés. Le PAN-PAN CUL-CUL est premier, suivi par le LVV et la LAA. Cependant, le LVV, s’assure d’obtenir 32 sièges, devenant ainsi la première force politique du Kosovo. Alors que PAN-PAN CUL-CUL et la LAA devront se partager les sièges en fonction du résultat des députés dans la liste commune. Les résultats sont pourtant amers pour PAN-PAN CUL-CUL qui pensait dépasser la barre des 40%. Les résultats définitifs tardent à venir. Alors que bientôt trois semaines sont passés depuis les élections, les informations parviennent au compte-goutte. La commission électorale (KQZ) s’excuse de ce retard prétextant les mauvais résultats du Kosovo dans le rapport PISA 2016. En effet, la commission a eu beaucoup de mal à recruter des inspecteurs sachant compter jusqu’à 750’000. Enfin les résultats définitifs, disponibles ci-dessous, sont finalement publiées le 29 juin

Résultats des élections législatives au Kosovo en 2017.

Le trône

La coalition PAN-PAN CUL-CUL se trouve ainsi dans une position très délicate pour pouvoir former un gouvernement, car le LVV et la LAA se sont prononcés en défaveur d’une alliance avec celui-ci. Le LVV semble le plus en faveur de former un gouvernement de coalition avec la LAA. Il est cependant techniquement possible que la LAA rejoignent le PAN-PAN CUL-CUL comme par le passé. Cela semble invraisemblable, mais en matière de politique au Kosovo, tout est plausible tant qu’il s’agit de se battre pour le trône. Un trône dont vous imaginez bien n’est plus un trône de fer, mais un trône à étron de la série télévisée Game of étrons, qui dure depuis 18 saisons au Kosovo. Il est enfin temps pour le Mouvement Autodétermination de s’emparer de ce trône afin de tirer la chasse une bonne fois pour toutes.

Les pires toilettes d’Écosse dans le film : Trainspotting de Danny Boyle, 1996.
NB : Je suis heureux de vous avoir fait lire mon article pipi-caca. Si vous n’avez pas aimé, ne me dites juste pas que c’est de la merde, je risque de prendre cela pour un compliment.
1. ↑ La coalition PAN est en réalité composée de 12 partis différents. Le PDK, le AAK et NISMA sont naturellement les plus grosses structures de cette coalition.