La seule différence entre le parti socialiste de Milosevic et le parti national-socialiste de Hitler était que les partisans d’Hitler croyaient que la « race aryenne » devait gouverner le monde entier, tandis que les admirateurs de Milosevic étaient plus « modestes » et croyaient que la race serbe ne devait régner que dans les territoires de l’ex-Yougoslavie.

Après la fin des dernières guerres en ex-Yougoslavie en 1999 causées par l’hégémonie serbe, avec l’arrivée au pouvoir de Zoran Djindjic en Serbie, et surtout après la comparution de Milosevic devant la Cour pénale internationale à La Haye en 2001, on commençait à espérer qu’un vent nouveau soufflait en Serbie. Peut-être même qu’un léger changement aurait lieu, et ceci comme si l’assassinat du Premier ministre serbe Zoran Djindjic n’avait jamais eu lieu en 2003. Et même si des changements se produisaient, ils seraient destinés à changer de stratégie et de tactique et non pas le changement du but ultime, c’est-à-dire : la non-acceptation de l’État du Kosovo et l’attente d’un momentum plus approprié pour le retour du Kosovo au sein de la Serbie, et si ce n’est pas la totalité du territoire, il s’agira d’au moins une partie considérable. Mais aucun changement n’a eu lieu et les deux partis politiques, qui ont causé toutes les guerres dans l’ex-Yougoslavie, sont revenus au pouvoir : Le parti de Milosevic qu’on appelait socialiste, était en réalité national-socialiste (comme celui d’Hitler). La seule différence était que les adorateurs de Hitler croyaient que la « race aryenne » devait gouverner le monde, alors que les adorateurs de Milosevic étaient plus « modestes » et pensaient que la « race serbe » devait régner seule dans les Balkans occidentaux ; et le parti radical de Seselj dont le nom de parti fasciste (comme celui de Mussolini) correspondrait davantage. Il n’y a pas seulement les mêmes partis qui sont revenus au pouvoir, mais aussi les mêmes personnes telles que : Dacic, Vullin, Dikovic, Drecun, Vucic et d’autres. De plus, ce dernier, alors promu au poste de ministre de la propagande dans le gouvernement de Milosevic a été élu Président avec le vote libre des électeurs serbes.

On peut en effet grandement s’étonner que les Serbes aient pu oublier tout cela. Les pertes qu’ils ont causées à d’autres peuples, en premier lieu aux Bosniaques, mais aussi à toute la région, sont incomparablement plus importantes que celles qu’ils ont subies eux-mêmes. Leurs pertes ne sont pas non plus négligeables, notons toutefois que seule la Serbie n’a pas encore publié le nombre de leurs victimes. Cette non-publication est faite intentionnellement pour permettre la manipulation de ces chiffres de différentes manières et pour différents besoins, comme par exemple présenter les soldats tués comme des civils, présenter les victimes disparues en Croatie comme des personnes disparues au Kosovo pour le besoin d’équilibrer les crimes, tout cela pour diverses combinaisons possibles et pour encore d’autres motifs. Cette non-publication peut être un sujet de recherche intéressant. Il est également étonnant d’apprendre que le régime de Milosevic ne s’est vu opposer aucune résistance en Serbie, à de rares exceptions près, dont le nombre ne dépasse pas les doigts d’une main, comme : Dragisa Pavlovic (homme politique excommunié en 1987), Bogdan Bogdanovic (architecte et professeur contraint d’immigré en Autriche en 1993), Slavko Quruvija (journaliste exécuté par les services secrets serbes) et Natasa Kandic (fondatrice et directrice du Centre des droits de l’Homme de Belgrade) qui a étonnamment survécu à toutes les tempêtes et est à ce jour une épine dans le pied du régime de Belgrade.

Pour comprendre pourquoi ce changement ne se produit pas et qui, à mon avis, ne se produira pas dans les 40-50 prochaines années si certaines conditions ne sont pas remplies. Il faut dire quelques mots sur les programmes scolaires serbes du primaire et du secondaire. En tant qu’élève de ces écoles, après 40-50 ans, je me souviens encore aujourd’hui par cœur de nombreux versets de l’opus des chansons folkloriques épiques serbes. Cet opus est divisé en trois cycles dont l’un s’appelle le cycle du Kosovo. Les chansons/poèmes de cet opus ont trois motifs : la bravoure, la trahison et la malédiction. Étant donné que ces chansons ont été créées après l’occupation de l’Empire ottoman, il semble naturel qu’elles aient été destinées à sauvegarder le moral d’un peuple désespéré après la défaite, en hyperbolisant la bravoure des combattants serbes et en les transformant en légendes, tout en imputant la défaite à la trahison, et ceci sans mentionner le fait que d’autres peuples des Balkans ont également participé à la bataille du Kosovo, chose qui est confirmé par des faits historiques. Par ailleurs, la culpabilité de la trahison s’adresse au prince serbe Vuk Brankovic, un nom qui est devenu synonyme de trahison dans la littérature serbe.

Ensuite, puisque la trahison était la cause de pertes et de souffrances, alors la malédiction sur les traîtres devait être proférée. Selon les auteurs serbes, la grande majorité de ces chansons ont été composées par l’église serbe, certaines même des siècles après la bataille du Kosovo. Ainsi, il semble logique que la malédiction soit utilisée comme un outil, car elle est un domaine répandu dans le milieu ecclésiastique et religieux de manière générale. Un outil qui a un très grand pouvoir d’influence notamment sur la population au Moyen-âge. De quelles malédictions s’agit-il ? Je vais essayer d’illustrer avec une traduction simple, non poétique, qui sonne ici disgracieusement mais qui est belle et excitante dans le texte original :

Mais qui ne vient pas à la guerre au Kosovo
Que votre lignée disparaisse Que votre ouvrage soit stérile
Que vous n’ayez ni fille ni garçon
Un champ de blé blanc et aucune vigne sur votre rivage.

En lançant la malédiction sur tous ceux qui ne sont pas venus à la bataille du Kosovo, il est en fait appelé à ce que la trahison (présumée) ne se répète pas. À plusieurs reprises, la peur de la malédiction a maintenu son pouvoir à travers les siècles jusqu’à nos jours, en particulier dans les couches de la population à travers des superstitions, respectivement avec l’expression de sentiments religieux. Étant donné que les Serbes ont toujours des liens étroits avec leur église, la malédiction joue un rôle important, pour ne pas dire crucial. Ainsi, c’est cette mécanique que l’église serbe a présenté à son peuple au cours des siècles : affirmer que « le Kosovo est la souffrance, le cœur, l’âme, le berceau, Jérusalem… de la Serbie ». À l’époque moderne, parallèlement à l’Église, l’école a joué ce rôle, qu’elle continue de jouer aujourd’hui. De plus, le système éducatif est fortement influencé par l’Église. Un exemple suffit étayer cela lorsque le patriarche serbe Irinej a écrit au ministre serbe de l’Éducation en 2014 au sujet du livre d’histoire pour la sixième année de l’école primaire :  ”Il faut obliger l’éditeur et l’auteur à relativiser dans la nouvelle édition l’affirmation selon laquelle les Albanais sont un peuple autochtone dans la péninsule balkanique (page 42) ”*

Le jour de la bataille du Kosovo, le 28 juin, est une fête serbe appelée Vidovdan. Pour préserver le symbolisme, ce n’est pas un hasard si le 28 juin 2001, Slobodan Milosevic se rendait au Tribunal de La Haye. Donc, comme un traître sur qui la malédiction est tombée, car une fois de plus les Serbes ont perdu le Kosovo. En d’autres termes, la Serbie a livré Milosevic à La Haye, non pas parce qu’elle a causé la mort de centaines de milliers de personnes, violées, mutilées, laissées sans toit ou sans père et mère dans toute l’ex-Yougoslavie, mais parce qu’elle a perdu le Kosovo. Malgré le fait qu’il n’était rien d’autre que l’exécuteur des plans et des projets rédigés par l’Académie des sciences et des arts de Serbie à partir du « Mémorandum de l’ASHAS », un document connu du public depuis 1985/86. Le défaut de ce mémorandum et la raison de son échec, c’est qu’il ne prévoyait pas l’effondrement du mur de Berlin, ou plutôt l’effondrement de l’Union soviétique. Ainsi, ce n’était pas Milosevic qui était responsable de la perte du Kosovo mais les concepteurs du projet, qui ne pouvaient être reconnus coupables car ils devaient concevoir un nouveau projet, désormais plus adapté aux nouvelles conditions.

Pour finir, la Serbie peut même supprimer de sa constitution l’article qui définit le Kosovo comme faisant partie intégrante de la Serbie, et nous, avec les diplomates du monde, nous nous réjouirons en pensant que les Serbes ont changé, mais les Serbes ne peuvent pas changer sans supprimer leurs programmes scolaires puis leurs idées de leur tête, et aussi les parties qui parlent du Kosovo comme de la souffrance, du cœur, de l’âme, du berceau, de Jérusalem… de la Serbie. D’ici là, ils attendront patiemment un moment plus opportun pour annexer le Kosovo. Il a fallu cinq siècles pour la reconquérir sur la Turquie.

Et nous ne pouvons qu’espérer qu’en attendant, nous ferons soit le travail qui nous incombe, soit que l’empire euro-atlantique durera éternellement !

L’histoire nous enseigne qu’aucun empire ne dure éternellement.

*https://mondo.rs/Info/Drustvo/a820070/Izmenjen-sporni-udzbenik-istorije-za-sesti-razred-osnovne-skole.html

Texte écrit en albanais par Ali Mehmeti le 12 février 2017.
Traduit en français par Edon Duraku.

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