Le trône du Kosovo

Le trône du Kosovo

La fontaine – Marcel Duchamp – 1917.

Le trône du Kosovo

Si la politique au Kosovo devait se résumer à une œuvre artistique ce serait la Fontaine de Marcel Duchamp. Et même si cet urinoir est bien trop immaculé pour la représenter fidèlement, il possède l’avantage d’avoir été signé au nom de Mutt, ce qui signifie littéralement merde en Albanais. Je ne crois pas que cela eut été un hasard, tout porte à croire qu’il y a de cela 100 ans, Duchamp allait réaliser une œuvre prémonitoire destinée au Kosovo. L’artiste ne se doutait cependant pas de l’ampleur de l’œuvre qu’il avait accomplie. Jamais il n’aurait imaginé que la politique au Kosovo allait être à ce point engloutie par les défécations des élites politiques, atteintes de gastroentérite après la guerre et se précipitant tour à tour, pour déverser leurs selles dans cette grande fosse septique qu’est devenue la scène politique du Kosovo.

Ça va encore puer !

Ne vomissez pas tout de suite, nous n’en avons pas terminé avec la matière fécale qui accompagne si fidèlement ce pays. Pour la suite de la lecture, je vous conseille de vous munir d’un seau vide que vous déposerez à une distance raisonnable pour vos rejets alimentaires. Les ambassadeurs américains ont par ailleurs très bien compris sur quelle matière première travaillent majoritairement les politiques du Kosovo. L’ambassadrice américaine Tracey Ann Jacobson avait sommé les politiciens Albanais, dans leur propre langue pour qu’elle soit sûre de se faire comprendre, de ne pas chier sur le travail. Mos e dhini punen avait-elle dit. Ce qui signifie plus poliment : ne gâchez pas le travail. Son prédécesseur, Christopher Dell, que j’ai décidé d’appeler ici le pisseur de la démocratie, tout aussi clairvoyant que Jacobson, choisi d’adopter un comportement plus semblable aux élites politique du Kosovo. En 2011, il tentait d’influencer le vote des députés en leur envoyant des SMS pour l’élection présidentielle. Le pisseur ne s’arrêta pas à ce premier jet, sa vessie éléphantesque se préparait à évacuer un torrent. Lors de son investiture (2009-2012), le gouvernement du Kosovo mandata deux entreprises pour construire la première autoroute du Kosovo. C’est l’américain Bechtel et le turc Enka qui obtinrent le mandat. L’addition devait s’élever à l’origine à 400 millions d’euros mais en coûta finalement 800, soit plus de la moitié du budget du Kosovo. Enfin, le miracle eu lieu après le mandat du pisseur, lorsque celui-ci fut directement promu au conseil d’administration de Bechtel. Ah la saveur de la pisse américaine, n’est-ce pas une pure pisse d’or ? Prenez maintenant le seau et vomissez ! 

Ibrahim, il ne fallait pas tant fumer

Il est nécessaire, pour la suite de cet article, de vous présenter les principaux partis politiques responsables du chaos régnant au Kosovo. Il y a dans un premier temps le plus ancien parti du Kosovo, le LDK, dont le président fut Ibrahim Rugova. Le LDK dominait la scène politique jusqu’à la mort de ce dernier en 2006. Après cela, le parti sera divisé par ceux se considérant comme les héritiers spirituels de Rugova. Onze ans après sa mort, certains pensent toujours que LDK suit l’idéologie de Rugova, que celui-ci veille sur eux dans l’au-delà, les guidant vers les chemins de la connaissance et de la vérité. Mais le LDK est depuis longtemps entré dans les magouilles de son successeur, du plus infâme parti du Kosovo : le PDK. À sa tête, son cou et ses pieds : Hashim Thaçi, dit le serpent. Ce dernier accumule le poste de premier ministre, de vice-premier ministre, de président, et accessoirement de plus grand mafieux du Kosovo. Le LDK et le PDK étaient les deux principaux opposants politiques du Kosovo. Cependant, avec l’arrivée progressive du Mouvement Autodétermination (LVV), ces deux partis ont préféré former une coalition et gouverner ensemble. Quant à l’opposition, elle est formée par le Mouvement Autodétermination, le AAK sur lequel je reviendrai plus tard, et le parti NISMA.

Résultat des élections législatives au Kosovo en 2014.

Voici maintenant un petit bilan du travail effectué par la coalition PDK-LDK depuis 2014. La liste ci-dessous n’est évidemment pas exhaustive. 

  • Plus de 100’000 Albanais du Kosovo fuient le pays.
  • Tentative d’ingérence de la Serbie par l’association des communes serbes.
  • Démarcation de territoire offrant plus de 8’000 km2 au Monténégro.
  • Construction d’un mur à Mitrovica séparant Albanais et Serbes.
  • Des appels sur écoute du chef du groupe parlementaire du PDK, Adem Grabovci, révèlent que celui-ci place des membres de son parti dans les institutions du Kosovo.
  • Arrestation massive des activistes du Mouvement Autodétermination (LVV).
  • Introduction brutale et illégale de la police dans les locaux du Mouvement Autodétermination (LVV).
  • Le gouvernement tente d’anéantir le LVV en l’accusant de terrorisme.
  • Mort suspecte en détention provisoire d’Astrit Dehari, activiste de LVV.
  • Pays le plus corrompu en Europe selon Transparency International.
  • Pays le moins libre selon Freedom House.
  • Pays dont les performances scolaires sont les plus basses selon le rapport PISA.
  • Échec diplomatique concernant la reconnaissance du Kosovo par l’UNESCO.
  • Élections de Hashim Thaçi comme président alors que des centaines de policiers et de snipers surveillent les milliers de manifestants au Parlement.

Cette législature a également été marquée par un grand nombre de manifestations organisées par l’opposition. Enfin… opposition est un bien grand mot car le AAK et NISMA n’ont pas la moindre idée de ce que représente une manifestation. Ils se sont en effet simplement cachés derrière le LVV, profitant de l’occasion de contester pour contester. Ils sont dans l’opposition et ils s’opposent au fait qu’ils ne soient pas dans le gouvernement.

Valseurs et valseuses

Le gouvernement de coalition PDK-LDK a été le pire qui ait gouverné le pays depuis la fin de la guerre. Quoi de pire que de voir s’allier des criminels à des incompétents au sein d’un gouvernement ? En réalité, le Kosovo n’a peut-être pas encore échappé au pire, nous verrons cela très bientôt. Dans l’incapacité de diriger le pays, le gouvernement est dissout le 10 mai par une motion que le parti NISMA fait signer à la majorité des députés. Cette motion sera, j’en suis sûr, retenue dans l’histoire, non pas du Kosovo, mais du parti NISMA comme étant le seul acte politique sérieux qu’ils aient accompli de leur vie. Les élections sont très vite fixées au 11 juin. Le 17 mai, c’est la stupéfaction : le AAK et NISMA décident de se présenter aux élections en faisant liste commune avec le PDK, parti contre lequel ils s’étaient opposés depuis 3 ans. La coalition se fait très vite appeler PAN1. En hommage certainement aux coups de feu tirés par Hashim Thaçi et son acolyte Kadri Veseli pour éliminer leurs opposants politiques et militaires pendant et après la guerre du Kosovo.

Rambo au pays des bovins

Le PDK avait bien préparé le terrain, travaillant dans l’ombre comme à son habitude. La motion signée par NISMA avait donc été montée de toute part. Mais comment le PDK est-il parvenu à convaincre le AAK de se joindre à la coalition ? Sans vouloir tomber dans le piège conspirationniste du type des sophistes d’égalité & réconciliation, je vais ci-dessous exposer des faits que je vous laisse interpréter comme bon vous semble. Avant cela, il convient toutefois de vous présenter un personnage clé de cet article : Ramush Haradinaj, fondateur de son parti le AAK, qu’il préside depuis sa création. Ramush est un ancien combattant très respecté au Kosovo.  Surnommé parfois Rambo, il est connu pour sa vivacité d’esprit et pour l’immense bagage que constitue son vocabulaire onomatopéique. Ne sous le sous-estimez pas, en cliquant sur ce lien, vous pourrez voir à quel point son imitation de la vache est réussi. Parvenir à placer un beuglement pour répondre à une question politique, relève du génie. Au début, je me suis dit qu’il empocherait deux ou trois-cent euros d’un pote lui ayant lancé ce défi. Après coup, je me suis demandé s’il n’était pas tout simplement idiot. J’ai préféré opter pour la deuxième proposition. Le rêve de Rambovin, (ce surnom lui convient mieux ne trouvez-vous pas ?) c’est être premier ministre. Quand il sera sur le trône, tous les problèmes du Kosovo s’envoleront grâce à son aura enchanteresse. Voici ce qu’il propose pour améliorer les rapports avec la Serbie : il faut être ferme et dire aux serbes que ce qu’ils font au Kosovo n’est pas bien, que c’est injuste et que s’ils continuent bah on sera pas content. Levez-vous et applaudissez ! Le véritable problème de Rambovin c’est qu’en plus de se prendre pour Achille, il se croit tout autant être Ulysse. Si un jour on pouvait seulement lui dire : Rambo, laisse Ulysse fabriquer son cheval et va-t’en imiter les vaches avec ce troupeau au loin ! Au fond de moi, j’ai véritablement de la peine pour Rambovin et tous ceux qui, comme lui, n’existent que par la guerre. Parfois la nuit je prie pour qu’une nouvelle guerre éclate au Kosovo, uniquement dans le but que ces bonhommes puissent se sentir un jour à nouveau utiles.

Mais comment le PDK est-il parvenu à convaincre Rambovin ? Pour cela, Il faut noter que ce dernier avait été accusé de crime de guerre par le tribunal pénal international. Il fut jugé et acquitté à la Haye en 2008. Cependant, le 4 janvier 2017, il est arrêté par la police française à l’aéroport de Bâle-Mulhouse, sur la base d’un mandat d’arrêt émis par la Serbie. Il est finalement libéré le 27 avril. Voici un petit rappel du calendrier : le gouvernement est dissout par la motion de NISMA le 10 mai, la coalition PAN-PAN CUL-CUL est formée le 17 mai et Rambovin devient le candidat au poste de premier ministre de la coalition. Il est libre à vous maintenant d’interprétez les faits que je vous expose ici, j’aimerais juste ajouter une petite information que j’ai obtenue d’une source sûre : Hashim Thaçi connaît par cœur le numéro de téléphone de son homologue serbe Aleksandar Vučić. 

11 juin

Sur l’image ci-dessous vous pouvez voir que LDK décide également de se présenter aux élections dans une liste commune avec deux autres petits partis (LAA). Quant au Mouvement Autodétermination, il se présente seul. La campagne électorale commence sur les chapeaux de roues. La LAA et PAN-PAN CUL-CUL ont les jambes tremblantes face à un LVV qui domine tous les débats avec une facilité déconcertante. Ces deux coalitions ne font pas le poids face à un Mouvement qui s’est construit progressivement autour d’un programme social-démocrate, alors que les premiers s’allient uniquement dans l’optique de gouverner et ceci sans un programme politique commun. Le PDK refusera même de participer aux débats télévisés, tant que les chaînes ne leur offrent un temps de parole deux fois supérieur au LAA et trois fois supérieur au LVV. De plus, il n’y a pas eu de débats entre les trois candidats au poste de premier ministre : Albin Kurti (LVV), Avdullah Hoti (LAA) et Rambovin (PAN-PAN CUL-CUL). Ce dernier, dont les déclarations plates et stupides ne se comptent plus, refusait de débattre avec ses deux concurrents, car ils sont selon lui, d’un niveau intellectuel inférieur au sien.

Les élections ont finalement lieu le 11 juin. Les résultats préliminaires sont publiés. Le PAN-PAN CUL-CUL est premier, suivi par le LVV et la LAA. Cependant, le LVV, s’assure d’obtenir 32 sièges, devenant ainsi la première force politique du Kosovo. Alors que PAN-PAN CUL-CUL et la LAA devront se partager les sièges en fonction du résultat des députés dans la liste commune. Les résultats sont pourtant amers pour PAN-PAN CUL-CUL qui pensait dépasser la barre des 40%. Les résultats définitifs tardent à venir. Alors que bientôt trois semaines sont passés depuis les élections, les informations parviennent au compte-goutte. La commission électorale (KQZ) s’excuse de ce retard prétextant les mauvais résultats du Kosovo dans le rapport PISA 2016. En effet, la commission a eu beaucoup de mal à recruter des inspecteurs sachant compter jusqu’à 750’000. Enfin les résultats définitifs, disponibles ci-dessous, sont finalement publiées le 29 juin

Résultats des élections législatives au Kosovo en 2017.

Le trône

La coalition PAN-PAN CUL-CUL se trouve ainsi dans une position très délicate pour pouvoir former un gouvernement, car le LVV et la LAA se sont prononcés en défaveur d’une alliance avec celui-ci. Le LVV semble le plus en faveur de former un gouvernement de coalition avec la LAA. Il est cependant techniquement possible que la LAA rejoignent le PAN-PAN CUL-CUL comme par le passé. Cela semble invraisemblable, mais en matière de politique au Kosovo, tout est plausible tant qu’il s’agit de se battre pour le trône. Un trône dont vous imaginez bien n’est plus un trône de fer, mais un trône à étron de la série télévisée Game of étrons, qui dure depuis 18 saisons au Kosovo. Il est enfin temps pour le Mouvement Autodétermination de s’emparer de ce trône afin de tirer la chasse une bonne fois pour toutes.

Les pires toilettes d’Écosse dans le film : Trainspotting de Danny Boyle, 1996.
NB : Je suis heureux de vous avoir fait lire mon article pipi-caca. Si vous n’avez pas aimé, ne me dites juste pas que c’est de la merde, je risque de prendre cela pour un compliment.
1. ↑ La coalition PAN est en réalité composée de 12 partis différents. Le PDK, le AAK et NISMA sont naturellement les plus grosses structures de cette coalition.

Sois fier d’être Suisse et vote UDC !

Sois fier d’être Suisse et vote UDC !

Naturalisation : « Acclimatation durable d’une espèce végétale ou animale importée dans un lieu où elle se maintient d’elle-même, comme une espèce indigène. » Définition du Petit Robert 2014.

Il y a quelques jours, j’étais avachi sur mon canapé italien en train regarder un match de foot anglais sur ma télévision coréenne. Des olives espagnoles étaient posées sur la table suédoise et nous sirotions une bonne bière portugaise avec mon père albanais jusqu’à ce que ce dernier change de chaîne en tapant sur un chiffre arabe de la télécommande. Et c’est exactement à cet instant que je me suis dit : bon sang de bonsoir, ce que je suis fier d’être Suisse ! Non, ceci n’est pas totalement vrai, nous le savons tous : les bonnes bières portugaises n’existent pas ! Il y a cependant un mensonge encore plus gros dans cette introduction qui mérite un petit développement.

On m’a dit un jour que je devais être reconnaissant envers la Suisse. Alors comme un bobet, je me suis mis à écrire quotidiennement des lettres de remerciement à la Confédération. Les lettres étaient belles, manuscrites, j’achetais différents types de papiers, j’écrivais avec différents types de stylo, j’agrémentais mes lettres de petits dessins de cœurs, avec des « Merci » avec un cœur sur le i et des « Je vous aime ! ». Puis un jour, ils m’ont répondu en m’ordonnant d’arrêter sous peine de risquer une peine de prison. Ne voulant pas faire monter les statistiques carcérales de ma communauté, je me suis immédiatement dirigé vers une autre façon de satisfaire ce besoin primaire de payer ma dette de reconnaissance envers ce pays. Je commençais alors à aborder des Suissesses dans la rue en les remerciant, dans un premier temps, elles et leurs ancêtres d’avoir tant fait pour les étrangers, puis dans un second temps, en leur exprimant mon désarroi concernant cette envie de me racheter. Sur quoi je leur proposais, le temps de quelques heures, de devenir leur esclave sexuel. Après avoir essuyé quelques gifles, je mettais un terme à cette pratique, car je ne voulais pas nourrir le cliché concernant le machisme des membres de ma communauté. Et c’est après cet épisode que je trouvais une solution sur ces questions de reconnaissance et de fierté !

En réalité, je n’ai pas de quoi être fier d’être Suisse. Ça surprend n’est-ce pas ? Un Albanais naturalisé Suisse qui se permet un tel affront envers son mignon pays d’accueil qui lui a permis d’échapper à la guerre, à la pauvreté. Cette Suisse qui lui a donné le privilège d’accéder gratuitement au système scolaire, à la santé et à bien d’autres avantages dont il n’aurait jamais bénéficié s’il était resté dans son bouseux pays natal. Et il est déplorable que je puisse aujourd’hui oublier de remercier Milosevic sans qui tout cela n’aurait pas été possible, sans qui, je n’aurais jamais pu obtenir cet oscar de la vie paisible et calme en Suisse. Si tu m’entends Slobo ! Thanks for all bro ! Je n’ai jamais choisi la Suisse, on me l’a imposé lorsque j’ai été kidnappé par mon père à l’âge de 5 ans. C’est lui qui a fait le choix de venir s’installer ici avec ma famille. J’imagine qu’à l’époque, j’aurais choisi la Papouasie-Nouvelle-Guinée, mais vu que je ne connaissais pas beaucoup de pays, je n’ai rien dit et ça tombait bien puisque mon père ne m’a rien demandé non plus. Nous sommes arrivés à la gare de Zurich au mois de mars 1990. Non ! Ne pleurez pas encore ! Une gare n’a rien de touchant, vraiment c’est ridicule ! Un oncle de mon père devait nous y attendre pour nous accueillir chez lui. Il n’est jamais venu. La célèbre hospitalité albanaise n’avait pas fait le voyage avec certains d’entre eux. Elle s’était dissoute sur sol helvétique, probablement en raison d’une politique efficace d’intégration.

Si je ne suis pas fier d’être Suisse, je ne suis pas non plus fier d’être Albanais. Je suis né Albanais, je n’ai rien demandé, j’ai dû m’y habituer et pendant mon enfance ça a été douloureux… enfin surtout pour les autres lorsque me prenait une envie soudaine de démolir quelqu’un. J’ai la chance de ne jamais avoir été une victime. Je n’ai par exemple jamais subi de violence pendant ma scolarité. Mes enseignantes ont toujours été si adorables, elles ont toujours cru en moi malgré mes difficultés dans l’apprentissage de la langue et puis mes camarades de classes ont été si mignons avec moi, qu’ils ont toujours accepté ma différence. Et c’est certainement parce qu’ils étaient trop gentils que je me suis montré violent envers eux. Les enfants sont si adorables, si innocents, vides de tout préjugé exactement comme leurs parents. Finalement n’est-ce pas aberrant d’être fier d’appartenir à une nationalité ? Être Albanais ou Suisse n’est pas un exploit en soi. Ne devrions-nous pas plutôt être fier d’une chose que nous aurions accompli, que d’un simple postulat ? Un cousin en Albanie me disait qu’il était fier d’être musulman car l’islam était selon lui la meilleure religion au monde. Mais aurait-il dit cela s’il était né en Espagne par exemple ? Et puis ne trouvez-vous pas que la fin de ce paragraphe comporte beaucoup trop de questions ? Et enfin, ne pensez-vous pas que… non c’est bon j’arrête !

Un cousin agriculteur du Kosovo est un jour venu en Suisse pour acheter du matériel agricole. Je l’emmenais alors dans une ferme pour qu’il rencontre un agriculteur suisse. J’étais prêt à traduire la conversation, mais je remarquais très vite mon inutilité. Les deux ne parlaient pas la même langue, mais par je ne sais quel miracle ils parvenaient à se comprendre. Comme si l’odeur du fumier, mêlée à leurs odeurs personnelles très semblables donnait lieu à une effervescence réciproque dans laquelle chaque mot, chaque phrase faisait sens dans l’un comme dans l’autre. À tel point que par moment j’ai cru qu’ils allaient s’enrouler par terre bras dessus, bras dessous et utiliser des outils agricoles à d’autres fins que ceux de labourer la terre. Le plus dingue encore c’est que leurs opinions politiques étaient très proches, l’un votait PDK tandis que l’autre UDC. Je me sentais complétement exclu alors que c’était moi qui avait fait tant d’effort pour m’intégrer en Suisse. Mon cousin ne connait même pas le nom de nos fleuves et montagnes, il ne doit même pas savoir que Zurich est la capitale de la Suisse et il ose m’humilier en me faisant passer, moi, comme étant plus étranger que lui. Je trouvais ces similitudes très étonnantes et je cherchais à savoir s’il en existait d’autres en dehors des zones rurales. Puis un jour, en écoutant un discours d’un député du PDC, je comprenais ce qui liait ces deux peuples encore plus : les fortes valeurs familiales. De bleu, mais c’est bien sûr ! Les valeurs traditionnelles familiales suisses se conjuguent parfaitement avec les bonnes vieilles valeurs familiales patriarcales albanaises. Un Suisse ressent une véritable nostalgie lorsqu’il voit une famille albanaise unie, même si ça fait un peu de bruit, c’est quand même sacrément beau à voir de dieu ! Les yeux du Suisse scintillent lorsqu’il voit l’autorité qu’exerce un père Albanais sur ses enfants. Il verse même parfois une larme de joie, s’il a la chance de voir le père Albanais flanquer une raclée à ses rejetons. Le Suisse voudrait tellement faire pareil, mais il ne peut pas, non pas parce qu’il est plus civilisé, mais parce qu’il obéit à des lois, alors que l’Albanais obéit à son père. Si par exemple les Albanais avaient su que jusqu’au mois de novembre 1990, dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures, que les femmes n’avaient pas le droit de vote, ils se seraient tous rendus là-bas et il y aurait eu par conséquent moins d’effort d’intégration à fournir. Mais voilà que je me trouve à nouveau dans la campagne en Suisse. Comme si j’avais une certaine animosité envers eux, alors que pas du tout. Je n’ai rien contre eux, j’ai moi-même un ami paysan suisse, c’est dire que je suis tolérant.

Enfin, tout cela c’était avant. Avant que j’obtienne la nationalité suisse. Tout mon passé s’effaçait en un clin d’œil. Toutes les difficultés rencontrées jusque-là s’envolaient. Miraculeusement, je ne faisais plus de fautes d’orthographes et je commençais même à considérer le yodel comme un art à part entière. Mes parents perdaient leurs accents, le portrait de Guillaume Tell remplaçait celui de Skanderbeg, puis les instruments folkloriques albanais en guise de décoration se transformaient en cloche, en fifre ou en cor des alpes. Ce n’était d’ailleurs pas très évident de circuler dans l’appartement avec une dizaine de cor des alpes qui traversaient le salon. Tout cela grâce à cette naturalisation biologique, n’est-ce pas formidable ? je me sentais comme une petite graminée au passeport à croix blanche greffé sur ma tige, je n’étais plus un parasite. Et c’est en tant que plante indigène que je remarquais la menace qui planait sur notre belle prairie du Grütli. Des plantes carnivores s’approchaient en masse, elles avaient pour la plupart une longue barbe noire et d’autres portaient un tissu sur la tête. Mais le pire c’est qu’elles se tournaient dans une autre direction pour se faire photosynthétitiser et ça nous les plantes indigènes, nous ne pouvions l’accepter.

Vous l’aurez compris ce texte n’a absolument rien à voir avec les votations de ce week-end. Mais je suis quand même tenté de vous donner mon avis à ce sujet. Pour ma part je ne vais même pas voter, car je refuse de faciliter la naturalisation à la troisième génération d’étrangers en Suisse. Pas pour les mêmes raisons que l’UDC évidemment, c’est simplement parce que je n’ai pas envie d’octroyer le droit de vote à des futurs électeurs de l’UDC. Et c’est bien ce qui est absurde avec ce parti, c’est qu’il sous-estime le potentiel xénophobe des enfants d’émigrés. Car il faut le dire : oui, les étrangers c’étaient mieux avant. Ils travaillaient dans les chantiers et on arrivait même souvent à faire bosser leurs enfants dans la même branche qu’eux, mais aujourd’hui on doit leur reverser des rentes A.I et le pire dans tout cela, c’est que leurs enfants veulent faire de longues études ! Non mais vous imaginez ? La seule solution pour nous les Suisses ne demeure que dans la discrimination à l’embauche. Notre marge de manœuvre a complétement été réduite, et si bien même parfois il faut engager ces émigrés, on peut toujours leur rappeler qu’ils ne doivent pas oublier d’où ils viennent. Avec un peu de chance, ils pourraient être tentés de repartir. Il faut aussi sans cesse leur rappeler la chance qu’ils ont d’être venus en Suisse. De cette façon, eux-mêmes véhiculerons ces valeurs auprès d’autres étrangers qu’ils connaissent. Ce qui est malheureux c’est que l’on ne choisit pas toujours (ou presque) ses étrangers. S’ils pouvaient au moins venir tous avec une multinationale en Suisse, les choses auraient été différentes. C’est d’ailleurs souvent ce que je reproche à mon père : d’avoir oublié la sienne au Kosovo. Avec elle, je n’aurais jamais eu besoin d’être fier d’être Suisse et j’aurais été accepté pour ce que je suis vraiment : un fils d’émigré bourgeois et non pas une de ces racailles qui pullulent dans les villes françaises. Oh les Français ! J’avais presque oublié ceux-là. Si je n’ai pas parlé d’eux c’est vraiment que j’essaie de les oublier. Sur ce coup, je me sens proche de mes concitoyens genevois : comme eux, j’essaie de garder cette haine du français quotidiennement. Il m’arrive très souvent de les insulter en voiture par exemple, il faut dire que ça fait du bien, ça détend, on se sent mieux après et parfois ça remplace même un joint. Ma haine du français, je la revendique, c’est une chose dont je suis fier. Posez-vous bien la question sur ce que nous apportent vraiment les Français, à part du chômage et des salaires revus à la baisse ? Les Français ne servent à rien ! Ce n’est pas comme si j’écrivais en français non plus.