Belle et bouclée

Belle et bouclée

 

Par une nuit d’été la bouclée vagua,
Une lecture sur la toile, elle l’alpagua.
Le fou épris ailleurs, d’elle s’en sustenta,
Messages puis appels, la musique ainsi débuta.

Le bienheureux chantonnait des airs avec sa voix,
La bouclée dansait et riait, avait-elle fait son choix ?
Du confins de Vaud à la cité de Calvin au téléphone,
Si loin mais proche, nul couplet ne fut monotone.

Elle était là la belle et bouclée, la reine illyrienne,
Une caresse, un baiser, il la désirait aussitôt sienne.
Noble et puissant, le fou devint roi blotti contre elle,
Les refrains allaient et venaient, une ritournelle.

Parfois triste et rebelle, souvent tendre et merveille,
Jamais ville d’Albanie, après elle, ne sera plus pareille.
Facétieuse, éclairée, jolie et majestueuse comme un hêtre,
Le fou l’aimait de tout son être ; et elle, peut-être.

Du fou blême de désespoir au fou noir amoureux,
Le fou demeure et meurt fou ce malheureux.
Aimant une boucle, un rire, une note, un frisson,
Hélas, les ébats du joyeux concert prirent fin à l’unisson.

Les sérénades d’un pitre envolées d’un revers, d’un souffle,
De vocalise en tremolo le pauvre cœur s’essouffle.
Silence absolu, les chœurs se sont tus, l’opéra qu’il aime,
Ne s’achève point, mais laisse place au sombre requiem.

L’aigle maudit

L’aigle maudit

 

Ce n’est ni une quenelle, ni une croix nazie,
C’est juste un aigle, mais un aigle maudit.
D’abord des Castriotes, puis de toute l’Arbërie.
Et un jour, dans la Kosovë, l’oiseau fût interdit.

Pendant des siècles il aura tremblé, il aura saigné,
Dans une cage, humilié, torturé et mille coups assénés.
Aujourd’hui en quête de liberté et pas complètement soigné,
Toujours pourchassé, par les mêmes, les inlassables braconniers.

J’aimerais tant le voir ailes déployés, libre voltiger sans cicatrice.
Qu’il ne se déguise plus, qu’on lève enfin son maléfice.
Loin de tout, je ne veux m’en inquiéter, ni lui faire hospice.
Mais si une once de violence, surgit du passé comme exercice.

Vous aurez affaire à ma colère, à ma voix vocifératrice !

Plus il saignera, plus on le traquera, plus on le marginalisera, plus on le criminalisera, plus on matraquera, plus il sera beau et plus je l’aimera.