Sous la table, seul, on est bien.
Mais sous la table, à deux, on est mieux.
J’ai souvent couru sous la table,
Lorsque les fenêtres vibraient,
Ou lorsque le sol tremblait.
C’était ma demeure, mon royaume sous la table.
Je suis longtemps resté seul sous la table.

Un tonnerre gronde sur la table,
Mes mains fortes sur les oreilles,
Fortes sur les oreilles.
Pas d’inquiétude sous la table, tout va bien.

Un jour, elle vint avec des fleurs
Et se joint à moi sous la table.
Sur la table, le début d’un vacarme,
Pas d’inquiétude sous la table, à deux, on est mieux.
Main dans la main ou enlacés,
Ma tête sur son épaule et la sienne sur la mienne.
Tout une vie sous la table avec elle, je veux bien.
Peu importe l’apocalypse,
Sous la table avec elle je ne crains rien.
Je t’aimais si fort sous la table.
Mais les fleurs périssent plus vite sous la table.

Sur la table un jour, apparue une éclaircie,
Mais trop loin, beaucoup trop loin,
Là-bas dans les confins, inatteignable.
Et je pleurai, je pleurai.
Je ne voulais plus être sous la table,
Je voulais voir le soleil et sentir le vent.
Mais elle m’agrippa, me retint fortement.
Les fleurs avaient déjà péri sous la table.
Elle y était restée longtemps,
Trop longtemps.

J’ai appris à vivre sur la table,
Esquiver les éclairs du quotidien.
Je compris l’orage, qui lui n’avait pas de table.
Je souris quelque fois,
Je m’amuse parfois.
Pourtant je tremble encore lorsque le ciel se grise,
Le chemin est si long, il y a trop de combats.
Et par moment sur la table, quand l’espoir s’en va,
Je songe à :

Foncer sous la table,
Là où je me sens bien.
Oublier les fracas sur la table.
Revenir pour toujours,
Endiguer mes larmes du quotidien.
Nier ce qui m’entoure,
Tout abandonner pour être avec toi.
Avec toi, une dernière fois sous la table.

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