Enfants du Kosovo – l’edoniste – 2016.

« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.
La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.
La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.
Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »
Dom Hélder Câmara.

Définitions

Dans ce texte, les termes « respect » et « violence » seront fréquemment utilisé, c’est pourquoi je vais les définir ici selon mon interprétation. Ces deux notions sont étroitement liées. Par respect, j’entends la prise en compte de l’intégrité morale et physique d’une personne tiers. Et je définis par violence, l’entrave à cette intégrité morale et physique.

La violence à l’école

Je me battais souvent avec mes camarades de classes quand j’étais enfant. Dès qu’ils m’humiliaient ou m’insultaient, je bondissais sur eux pour les rouer de coups. Pourtant cette manière de me faire justice ne fonctionnait pas, car j’étais moi-même régulièrement punie alors que mes camarades de classes étaient épargnés. L’école m’avait appris que je ne devais pas user de violence physique pour me défendre, pourtant elle avait échoué à enseigner à mes camarades de classes de ne pas user de violence à mon égard. L’école m’avait en réalité arraché la seule arme qui m’était utile pour me défendre, elle me laissait à la merci des autres. Il m’a fallu du temps pour que je me fasse respecter à l’école. À l’adolescence, j’humiliais et insultais moi-même les autres pour me faire respecter, je devenais comme mes camarades de classes, insultant et rabaissant ceux qui me déplaisaient. Étonnement, cela fonctionnait, j’avais bien appris mes leçons, je n’ai plus jamais été puni et le plus important c’est qu’on ne pouvait plus me considérer comme un enfant violent. À l’âge adulte, je pensais réellement m’être débarrassé de cette violence en moi, mais je compris trop tardivement qu’il s’agissait de la même violence. Pour me repentir, je rejetais toutes formes de violences émanant de moi. Évidemment, je ne devenais pas un Gandhi en puissance promulguant la paix à mon passage ou l’un de ces bienheureux adeptes de développement personnel qui défendent l’idée qu’il faille d’abord se changer soi-même avant de vouloir changer le monde. Namasté ! Pourtant c’est précisément ici qu’intervient ce que j’estime être un paradoxe. Plus j’essaie de rejeter toutes formes de violences en moi, plus j’observe l’omniprésence de la violence dans notre société. Ensuite, plus j’observe cette violence, plus je constate qu’elle est un outil employé par ceux qui sont dans une position dominante dans notre société. Enfin, plus j’observe l’assise dans laquelle sont confortablement installés ceux qui sont en position dominante, plus j’en conclus que la violence est le seul moyen de renverser ce rapport de pouvoir.

J’avais peut-être raison de frapper mes camarades de classes. J’avais été violent car j’avais aucun autre moyen de me faire respecter. L’école n’avait jamais compris cela, et je crois que la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui ne comprend pas cela non plus. Les considérations autour de la violence me fascinent depuis longtemps et je n’ai à ce jour trouvé aucune réponse définitive à mes interrogations. Ce texte est l’occasion pour moi de poser quelques réflexions à ce sujet, notamment à travers mes expériences et des événements que j’ai vécu au Kosovo, un territoire inépuisable de recherche et de réflexions me permettant d’affiner ma vision du monde et de la société en général.

La violence du père

Lorsque mes parents recevaient des invités à la maison, je prenais quelquefois part aux conversations des adultes. Vers l’âge de 17 ans, à une période où l’on est relativement mûre pour réfléchir par soi-même, il m’arrivait fréquemment, lors de ces soirées, de contredire mon père quand je n’étais pas d’accord avec lui. Puis un soir, alors que les invités étaient partis, mon père vint vers moi pour me parler. Il me fit comprendre que je devais cesser de m’opposer à lui lorsque des invités étaient présents. « Si tu me contredis, ils penseront que tu ne m’aimes pas ! C’est comme ça chez les Albanais ! » m’avait-il dit. J’aimais profondément mon père et je ne saisissais pas réellement les raisons pour lesquelles les amis de mes parents pouvaient penser cela. Je ne connaissais pas encore bien les Albanais et les propos de mon père semblaient très sincères, je ne pouvais donc que le croire. Je me murais alors dans le silence lorsque mon père s’exprimait en leur présence. Il ne rencontrait plus aucune objection et s’accommodait convenablement dans son rôle d’omniscient maître de maison. Il redoublait alors d’effort pour déblatérer des informations déformées, des théories farfelues et des raisonnements fallacieux, c’était un véritable festival. Dans mon coin, je voulais imploser, mais j’avais enfin saisi la supercherie. À partir de ce jour, je ne me suis jamais arrêté de le contredire devant d’autres personnes. Il s’agissait là de mon premier acte de résistance : défier l’autorité de mon père. Et l’autorité d’un père albanais ce n’est franchement pas n’importe laquelle.

La volonté de mon père de me faire taire est une forme de violence à mon égard. En me soumettant à ses ordres, il montrait l’exemple à mon frère et à ma sœur. Cette violence lui permet d’asseoir son autorité au sein de sa famille et de conformer nos comportements et nos opinions aux siennes. Cette volonté de me faire taire est justifiée par l’assertion affirmant que des personnes tierces penseront que je ne l’aime pas. Si cette assertion est fausse, mon père serait donc un manipulateur qui cherche par tous les moyens à renforcer son autorité absolue dans la famille. Il n’y a donc ici rien de nouveau par rapport au premier élément expliqué précédemment. Si cette assertion est vraie, et je soutiens ici qu’elle l’est, alors le comportement de mon père peut s’expliquer différemment. Les rapports que j’entretiens avec mon père ne concernent que ce dernier et moi-même. Pourquoi les invités devraient-ils juger notre relation de cette manière ? J’ai cru en effet pendant longtemps que mon père avait tort, que les Albanais que nous recevions ne pouvaient réellement conclure à ces affirmations complètement banales. J’ai cependant constaté plus tard que mon père avait raison. Contredire son père, être en désaccord avec lui est pourtant quelque chose de relativement fréquent chez les Albanais, mais c’est surtout la présence des personnes tierces qui change le résultat de l’équation. Le système patriarcal est profondément ancré chez les Albanais et de par sa structure clanique issue du Kanun (le code coutumier albanais), le système autorégule tout comportement pouvant échapper au cadre traditionnel familial. Contredire son père devant d’autres personnes signifie par conséquent un manque total de respect envers le maître de maison. Dans le cercle familial proche, le père est un père (pas toujours), mais en présence d’un groupe tiers, le père devient un maître de maison (Zoti i shtëpise), et contredire le maître de maison, vient à s’opposer à tout ce qui constitue l’ordre clanique sociale et familiale chez les Albanais. Le rôle de mon père en tant que maître de maison le contraint ainsi à affirmer son autorité et son contrôle sur tous les sujets sous son toit en présence de personnes issues d’autres clans. Le fait que je contredise mon père ne signifie pas que je ne l’aime pas, mais signifie une non-approbation de ma part sur l’autorité que mon père doit obtenir auprès de ses pairs dans son rôle de maître de maison que la société patriarcale albanaise lui a assigné à ses dépens. Pour être un bon père, un père albanais doit exercer une implacable autorité sur les membres de sa famille. La société albanaise normalise et conditionne les individus ainsi. En s’opposant au père, le fils est indigne pour le père, mais pour la société albanaise c’est le père qui n’a pas rempli son rôle, car il n’a pas assujetti son propre fils envers ce que la tradition et la conformité exige. Évidemment, plus on est bas dans l’échelle hiérarchique de l’autorité albanaise, plus il est difficile de s’opposer ou de défier l’autorité du maître de maison. Il s’agit donc là d’un rapport de domination du père sur les membres de sa propre famille et un rapport de domination de la société patriarcale et clanique sur l’ensemble des familles albanaises.

La violence de l’enseignant.

En novembre 2016, ma tante qui vivait en France avec son mari et ses deux enfants a été renvoyé par charter au Kosovo. Cet événement a été un traumatisme pour les enfants, notamment pour l’aîné âgé alors de 8 ans qui a vu ses parents se faire menotter et embarquer. L’enfant qui avait fait toute sa scolarité en France se voit propulsé dans une école au Kosovo ne sachant ni lire, ni écrire en Albanais. À cette époque j’avais prévu de m’installer pendant un an au Kosovo. Je me suis donc rendu au Kosovo deux semaines après leur renvoi et je suis allé leur rendre visite. J’ai commencé à questionner ma tante sur la scolarité de son aîné au Kosovo, puis j’ai demandé à quelle heure il commençait l’école le lendemain. Sa réponse m’a absolument surpris : « Je ne sais pas encore » me dit-elle « je n’ai pas encore reçu le SMS de l’enseignant. Interloqué, je questionne : « comment ça le SMS ? ». Elle me raconte enfin que tous les soirs, l’enseignant envoie un SMS aux parents pour les informer à quelle heure les enfants doivent venir à l’école le lendemain, car celui-ci effectue un autre travail la journée avec des horaires irréguliers. Il adapte ainsi ses leçons pour les enfants en fonction de son autre emploi.

Si je trouvais l’attitude de l’enseignant absolument révoltante, cela ne posait pas réellement problème aux parents. C’était les femmes qui amenaient les enfants à l’école et la grande majorité d’entre elles n’avaient pas d’emplois, cela ne les dérangeait donc pas de s’adapter aux horaires de l’enseignant. Même si les femmes du Kosovo sont en charge des tâches domestiques, elles ne sont pas complètement contraintes à travailler à des horaires réguliers. Le fait de pouvoir s’adapter aux horaires de l’enseignant n’enfreint que très peu leurs organisations quotidiennes. L’inégalité des genres joue ainsi en faveur de l’enseignant qui peut se permettre d’agir ainsi, car il est quasiment certain de ne rencontrer aucune opposition. Ensuite, l’enseignant au Kosovo est considéré comme un être sacré, il est donc difficile de contester son autorité. L’enseignant est d’une certaine manière un patriarche moderne qui exerce une autorité intellectuelle dans la société albanaise. S’il est un maître d’école, l’enseignant aura ainsi tendance à se comporter comme un maître de maison, un patriarche des salles de classes. La société traditionnelle albanaise a autorisé à ce que des intellectuels puissent se hisser au sommet de la hiérarchie sociale. Les oda, les chambres d’hôtes albanaises témoignent également de ce changement. En effet, dans ces oda où seuls les hommes sont autorisés à se rassembler, les places privilégiées qui se situent à côté de la cheminée et en face de la porte d’entrée sont réservées aux plus vieux patriarches. Habituellement, plus on est jeune, plus on est proche de la porte et donc loin de la cheminée. Cependant avec l’ouverture notamment de l’Université de Prishtina en 1969, le Kosovo voit sa population de plus en plus instruite et diplômée. Ainsi progressivement, les personnes diplômées, que les Albanais appellent njerëzit me shkollë prennent place de plus en plus souvent près de la cheminée.

La violence politique

Manifestation du 9 janvier 2016 à Prishtina – l’edoniste.

Comme je l’ai brièvement expliqué dans le chapitre précédent, j’ai vécu près d’un an au Kosovo entre la fin de l’année 2015 et 2016. Sur place, je me suis très vite engagé dans le Mouvement Autodétermination (Vetëvendosje). L’année 2016 avait connu de nombreuses manifestations s’opposant à la démarcation du territoire avec le Monténégro et l’association des communes serbes au Kosovo (Zajednica). C’était une année très chargée au niveau politique, d’autant plus que régime d’Isa Mustafa et Hashim Thaçi affichaient de fortes dérives autoritaires. C’était la belle époque où on pouvait encore balancer du gaz lacrymogène dans le Parlement. Mon activité pendant cette année a été très centrée sur mon activisme à Vetëvendosje et souvent lorsque je passais du temps avec mes cousins les discussions politiques prenaient très vite le dessus. Lorsque je rencontrais des opposants de Vetëvendosje, on traitait souvent les activistes du Mouvement de rebelles, de bandits et de voyous. Le mot voyou se traduit en albanais par rrugaç et signifie littéralement qui demeure dans la rue. En français, le mot voyou possède également cette étymologie, en effet le terme est une contraction des mots « voie » et « filou », pour désigner ainsi un voleur qui court sur la voie, des gens de la rue ou des vagabonds. J’ai pourtant une affection particulière avec le mot albanais rrugaç que je trouve extrêmement beau. Par ailleurs, je trouve qu’il n’a rien de péjoratif, le militantisme se fait dans la rue et dans l’espace publique. Et lorsque nous occupions la rue et l’espace public avec Vetëvendosje, il me paraissait adéquat et même très valorisant qu’on puisse nous considérer comme des rrugaç. Ce qui m’agaçait cependant c’était que nos détracteurs nous qualifiaient comme des personnes irrespectueuses et violentes qui détérioraient l’espace public. Pour ma part j’étais dans une position délicate car les manifestations organisées par Vetëvendosje devenaient parfois violentes et on ne pouvait pas réellement nier cela. Je répondais à cela habituellement de la même manière : les dégâts matériels générés par les manifestations ne sont rien comparés à la violence que la classe politique inflige à sa population. Le manque d’institutions fonctionnelles, le manque d’un système éducatif fiable et le manque d’un système de santé accessible pour tous sont plus autant de violence qu’on inflige à la population.

Il y avait pourtant quelque chose qui m’échappait, je ne comprenais pas pourquoi les Albanais étaient devenus si soudainement sensibles à la violence. Lors de mon année au Kosovo, j’avais observé la violence sous toutes ses formes : la violence faites aux enfants, aux femmes, aux Roms, aux homosexuels, aux personnes en situation d’handicap. Je trouvais la société albanaise au Kosovo profondément violente. Je ne pouvais pas réellement utiliser cet argument pour me défendre, et même si j’aurais adoré, je ne me voyais pas leur dire : « Vous êtes tous violents, quel est donc votre problème avec la violence ? » Je défendais évidemment corps et âme le Mouvement, puis il s’est produit un jour un événement qui m’a véritablement fait comprendre de nombreuses choses au Kosovo.

J’étais un jour chez un cousin dans mon village, nous buvions du thé et forcément la discussion se dirigea très vite sur les événements politiques au Kosovo. Il est important de préciser que ce cousin est devenu le chef de famille depuis le décès de son père. Son fils qui avait à l’époque 6 ans faisait un peu de bruit avec ses jouets. La discussion s’échauffa très vite car mon cousin soutenait le PDK de Hashim Thaçi, il se mit alors à m’attaquer sur la violence de Vetëvendosje. Il matraquait sans cesse le même mot : « vous êtes violents, violents, violents… » (Jeni dhunshëm, të dhunshëm, të dhunshëm). Tout le long de notre discussion il avait ordonné à son fils de faire moins de bruit. Notre discussion s’enflammait de plus en plus et son fils continuait à faire de bruit. Mon cousin se tourna alors nerveusement vers son fils et lui flanqua une énorme baffe tout en lui ordonnant d’arrêter de faire de bruit. Le coup projeta l’enfant par terre qui se mit alors instantanément à pleurer. J’abandonnais finalement cette discussion avec lui pour qu’il retrouve son calme. Nous avions changé de sujet de conversation, mais mon esprit était ailleurs. Je regardais l’enfant pleurer et je me souviens précisément ce que j’avais pensé à ce moment-là. « C’est donc Vetëvendosje qui est violent ! »

Les maîtres de maison, d’école et d’État

Les Albanais qui reprochaient à Vetëvendosje d’être violents n’avaient en soit aucun problème avec la violence. Mon cousin, en tant que maître de maison, avait été violent envers son fils et c’était la violence de Vetëvendosje qui le dérangeait. Mon père en tant que maître de maison, avait lui le moyen de me faire taire, quant à moi j’étais dans l’impossibilité d’exprimer une opinion différente de la sienne. L’enseignant, en tant que maître d’école, pouvait imposer ses horaires, sans que les parents puissent avoir l’idée de s’opposer. La violence n’est à aucun moment un réel problème, mais la direction vers laquelle celle-ci s’exerce. Un père peut battre son fils, mais un fils ne peut pas battre son père, même si c’est pour se défendre. Le maître peut battre son esclave, mais l’esclave n’a pas le droit de battre son maître. Toutes positions autoritaires s’accordent le privilège d’exercer une violence légitime. Il en est de même pour le gouvernement du Kosovo, l’organe suprême qui exerce la plus grande autorité au sein d’un État. Hashim Thaçi, en tant qu’ancien Premier Ministre et Président du Kosovo en 2016, représentait l’autorité de l’État. Il est par ailleurs, celui qui a proclamé l’indépendance du Kosovo en 2008, il est de cette manière le père de l’État du Kosovo, mais aussi un éminent commandant de guerre. Contester l’autorité d’Hashim Thaçi c’est contester tout ce qu’il représente, c’est contester le père de la nation. Hashim Thaçi et le gouvernement du Kosovo ont la légitimité de se montrer violent envers ses opposants politiques et notamment envers Vetëvendosje, mais Vetëvendosje ne pouvait pas se montrer violent envers le régime en place. Ce n’est donc pas violence le problème, ni la violence du haut vers le bas, mais la violence du bas vers le haut.

Il y a quelque mois j’ai découvert la citation de Dom Hélder Câmara présente au début de cet article. En lisant cela, j’ai immédiatement pensé à cet événement avec le fils de mon cousin. Ce que Dom Hélder Câmara nomme la violence révolutionnaire, je nommais cela la violence venant du bas. L’autorité de mon père, de l’enseignant et celle de Hashim Thaçi, s’exercent évidemment à des niveaux différents, mais elles ont toutes la même origine : la société patriarcale et l’organisation clanique familiale. Mon père tentait de museler ma parole, comme le gouvernement tentait de museler Vetëvendosje, tandis que ma tante était déjà muselée par l’enseignant. Si les trois peuvent agir de la sorte, c’est qu’ils possèdent déjà l’appui de tout un système qui les soutient. Ce musellement a pourtant des conséquences réelles dans la société albanaise. Est-il possible de contester l’autorité d’un gouvernement lorsqu’on ne parvient pas à contester l’autorité de son père ? Cela pose des réelles questions sur la démocratie au Kosovo, sur l’articulation d’opinions différentes au sein de la famille et sur les opinions politiques différentes. Récemment, l’ancien Premier Ministre du Kosovo, Avdullah Hoti, déclarait que « La jeune génération, étudiants et jeunes diplômés créent des conflits dans leurs familles en ne votant pas comme leurs parents et leurs grands-parents. » En réalité, ce ne sont pas les jeunes qui génèrent des conflits en pensant différemment de leurs parents, mais bel et bien la rigidité du système patriarcal qui n’autorise pas à ce que les jeunes puissent exprimer une opinion qui n’aille pas dans le sens de leurs parents et accessoirement celle de la société traditionnelle albanaise.

Nous vivons dans une société, au Kosovo, en Suisse, mais aussi en France où toutes les formes de violences sont proscrites. Comme si sous toutes les formes de violences étaient égales entre elles. Lors des manifestations de gilets jaunes en France, j’étais constamment révolté par le mépris que la classes politique dominante et les médias affichaient envers les manifestants. Leurs revendications étaient pourtant audibles, mais on ne pointait du doigt que leur violence et les dégâts matériels causés par leurs actions. Quand on connaît la violence au quotidien, la violence n’est pas un choix, mais une nécessité et elle ne peut se juger de manière absolue. Car si elle est là, c’est qu’il est déjà trop tard, c’est qu’il en est déjà trop à devoir supporter, la violence éclate sans prévenir et moi je préfère prévenir, je sais de quel côté je me rangerais si elle devait éclater près de chez moi.

« Il y a pas mal de militants emmerdés. Aujourd’hui, on ne peut plus séquestrer les patrons tranquillement. Et ça c’est un problème ».
Philippe Poutou.

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