Rue Kolë Idromeno – l’edoniste.

Shkodër est la plus grande ville du nord de l’Albanie. Elle est le chef-lieu du district et de la préfecture portant le même nom. Elle se trouve au pied des Alpes albanaises et au bord du lac de Shkodër, le plus grand d’Albanie. Aujourd’hui, la ville compte 120’000 habitants. Elle se situe à 110 km de Tirana, à 30 km de la mer Adriataique et de Velipojë (la ville côtière la plus proche) et à 40 km d’Ulqin au Monténégro.

Shkodër est traversée par 3 fleuves : le Drin, le Kir et la Buna. Ce dernier est le seul navigable pour le transport de marchandises. Sa position géographique (à proximité de la mer, d’un lac et de 3 fleuves) favorise un climat méditerranéen très doux. La température moyenne est de 26°C en été et °C l’hiver.

La ville tiendrait son nom du fleuve Drin. Car c’est là où « va le Drin », en albanais « Shko Drin » aurait donné Shkodër.

Le château de la ville est connu pour sa légende. Une femme du nom de Rozafa fût emmurée pour permettre la construction du château. D’où son nom, le château de Rozafë.

Fondée par le Roi Bardhyl au IVème siècle avant J.-C., Shkodër devint la capitale illyrienne de l’antiquité. La ville atteint son apogée sous le règne du Roi Agron. A sa mort, sa femme Teuta régna sur le Royaume. Devenue une menace pour la République romaine, la ville tomba sous sa domination durant le règne du Roi Gent en 168 avant J.-C. Au IVème siècle, elle passa sous domination byzantine. Au XIIIème siècle, après quelques années aux mains des Slaves, la ville fût la propriété de la puissante famille albanaise des Balshaj, jusqu’à ce qu’elle la vendit aux Vénitiens en 1396. Ceux-ci la renommèrent Scutari, tel que le rappelle son nom italien encore utilisé de nos jours. Lors de l’invasion ottomane dans les Balkans et après plusieurs sièges, Venise céda la ville en 1478 aux Turcs. Shkodër fût la dernière ville albanaise à passer aux mains des Ottomans. Ces derniers en firent la capitale du vilayet* de Shkodër. Au XVIIème siècle, toujours sous domination ottomane, la ville fût administrée par le pachalik** de la famille des Bushati. Ces Albanais, convertis à l’islam, tentèrent de se rebeller lors du XVIIIème siècle, mais ils furent très rapidement déchus. C’est lors de la deuxième moitié du XIXème siècle que Shkodër connu son plus gros essor culturel, notamment grâce à la Renaissance nationale albanaise, portée par des personnes comme Pashko Vasa, Gjergj Fishta, Pjetër Marubi ou Kolë Idromeno. Durant les guerres balkaniques en 1911, la ville est occupée par les nationalistes serbes et monténégrins. Alors que l’Albanie proclame son indépendance de l’Empire ottoman le 28 novembre 1912, à Vlorë, les serbo-monténégrins quittent la ville seulement après le traité de Londres en 1913. Tandis que l’Albanie est amputée de 40% de ses terres, Shkodër reste albanaise. Durant la 2ème guerre mondiale, la ville est envahie par les troupes de Mussolini. En 1945, le régime communiste d’Enver Hoxha prend le pouvoir. La ville fût particulièrement persécutée à cause de son attachement aux pays occidentaux, de son histoire ainsi que de sa liberté de culte. Depuis la chute du régime en 1990, Shkodër est en pleine mutation, les montagnards des Alpes albanaises descendent pour y venir travailler, le tourisme est en recrudescence et les constructions n’en finissent plus.

Shkodër est aujourd’hui un véritable point d’entrée pour les alpinistes désirant découvrir les Alpes albanaises, visiter le parc national de Theth ou encore naviguer sur le lac artificiel de Koman. En périphérie de Shkodër, au bord du lac se trouvent plusieurs villages de pêcheurs, notamment celui de Shiroka, où l’on peut se détendre en admirant le lac et manger du poisson. Le château de Rozafë, demeure de multiples Rois illyriens, mérite aussi de s’y attarder. Relativement bien préservés, certains murs reposent sur des fondations illyriennes. Le château dispose d’un musée et d’un restaurant. Le centre-ville de Shkodër n’a rien à envier à sa périphérie. Il vaut la peine de se promener dans la rue « Kolë Idromeno » principale artère de la ville, où restaurants bars et cafés y sont disposés. Il n’est pas rare d’y croiser des jésuites en soutanes ou encore des imams. La religion est fortement présente, minarets et clochers d’églises sont érigés côte à côte en toute harmonie, caractéristique de la tolérance religieuse albanaise. Dans la ville, on peut visiter le musée d’histoire dans la maison du héros local, Oso Kuka. La photothèque dédiée au studio Marubi, ou encore le musée ethnographique du restaurant « Tradita Geg e Tosk ».

Enfin, le meilleur moyen de visiter la ville est de marcher, se laisser engloutir par ses rues sinueuses et se retrouver nez à nez avec la statue d’Isa Boletini, de Mère Teresa ou de Luigj Gurakuqi ; ou encore de tomber sur un bijou qui vous laissera de Shkodër un souvenir impérissable.

* Division administrative de l’Empire Ottoman comparable à un canton, une préfecture ou une province.
** Terres sous l’administration d’un pacha (gouverneur).

 

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