NB : Toutes les illustrations présentes dans cet article sont des œuvres d’Agim Sulaj. Elles sont toutes publiées avec l’autorisation de l’artiste.

« L’Homme et la Nature ». Acrylique.

Qui aurait pu se douter que l’Albanie, pays considéré le plus fermé au monde après les années 60, eut été le lieu qui vit naître un magazine satirique ? C’est pourtant ce qu’il fut après la Seconde Guerre Mondiale, c’est là que la revue « Hosteni »  vit le jour. Le régime communisto-comique d’Enver Hoxha était, en effet, pourvu de dérision, moins d’autodérision néanmoins, témoignera Mehmet Shehu le second du régime. Celui-ci fut retrouvé mort dans sa chambre : une balle dans la tête et une autre dans le dos. Un suicide dira-t-on, ce qui est tout à fait plausible sachant qu’après l’alliance avec Mao Tsé-Tung, l’Albanie accueillit une foule de contorsionnistes chinois issus des plus prestigieux cirques d’Extrême-Orient. Ils enseignèrent l’art de la souplesse aux Albanais. Ceci ne dura pas, ils durent stopper la seconde phase de leur formation : la souplesse d’esprit. Faute aux désaccords entre le Laurel albanais et le Hardy chinois. Le seul mystère dans l’affaire « Shehu », dirent les légistes, réside dans le fait d’ignorer s’il a commencé par se tirer une balle dans la tête ou dans le dos. Cette comédie caractéristique albanaise avait pourtant des signes avant-gardistes. En effet, l’Albanie qui fut un temps le royaume d’un clown* était pourtant bien partie ; jusqu’à ce qu’on comprenne qu’avec son système de banque pyramidale** l’Albanie fut le royaume d’un clown triste. Ainsi, ce n’est pas sans mal que, dans ce paysage burlesque et d’esclaffements collectifs, se démarqua le personnage qui va nous intéresser dans cet article.

« La bureaucratie ». Première page d’une édition de 1987.

Agim Sulaj est un peintre albanais né à Tirana le 6 septembre 1960. Il grandit à Vlorë dans le sud de l’Albanie. En 1978, il finit ses études secondaires et entre à l’Académie des Beaux-arts de Tirana. En 1979, il gagne le prix spécial d’encouragement, lors d’une compétition annuelle organisée par le magazine satirique albanais « Hosteni ». Alors qu’il n’a pas encore fini ses études en 1982, il parvient à remporter le premier prix de cette compétition. Son diplôme en poche en 1985, il est engagé par le magazine satirique auprès duquel il a déjà une certaine réputation. En 1986, ses œuvres sont exposées pour la première fois à la Galerie Nationale de Tirana. La même année, il remporte à nouveau le premier prix du concours dans le magazine dans lequel il travaille. En 1988, sa renommée dépasse les frontières albanaises, il remporte cette fois le premier prix à Seres en Grèce du concours balkanique du dessin au crayon. Pourtant, Agim Sulaj n’est pas un simple satiriste, ses dessins possèdent une véritable identité surréaliste. Issu du dadaïsme, le surréalisme est d’abord un courant littéraire, puis artistique au début du XXème siècle.  Ce mouvement consiste à exprimer une idée ou une pensée en dehors de toutes conventions sociales et dépourvue de représentation logique (Salvador Dali, René Magritte). Alors que le surréalisme déforme la réalité, l’hyperréalisme, quant à lui, essaie de la reproduire le plus parfaitement possible, si proche que le tableau pourrait être confondu avec une photographie. Agim Sulaj s’exercera en parallèle à cette discipline originaire des États-Unis. En 1989, il réalise une peinture à l’huile qui le fera connaître du grand public : « La tête d’Ali Pacha de Tepelena, présentée au sultan Mehmet II ». (Voir l’image 1 du diaporama). Le tableau sera exposé en 1990 au musée « Ali Pacha » à Jannina en Grèce.

« Trois frères ». Peinture à l’huile.

En 1992, Agim Sulaj dévoile ses œuvres lors d’une exposition à Rimini. Son attachement à cette ville le conduit à s’y installer en 1993. En 1997, certaines de ses peintures à l’huile sont exposées à New York. En 2005, lors d’une exposition organisée conjointement par la Galerie Nationale de Tirana et la Galerie des Beaux-Arts de Prishtina sur le thème de Skenderbeu, il dévoile son tableau du héros national albanais. (Voir image 2 du diaporama). Toutefois, le peintre albanais ne cessera de participer à divers concours internationaux sur le thème de l’humour et de la caricature. Il remporte souvent des prix, qu’il s’agisse de dessin humoristique ou d’après le thème imposé par le concours. À titre d’exemple, son dessin « L’étranger » emporte le premier prix du concours international du dessin à Tourcoing en 2006. (Voir l’image 8 du diaporama). Il gagne également des prix en Italie, en Turquie, en Grèce, en Albanie, au Kosovo, en Allemagne, en Espagne, au Portugal, au Luxembourg, en Belgique, en Pologne, en Bulgarie mais encore en Chine, au Brésil, en Iran et en Syrie. Sa confirmation dans le milieu, l’amène à devenir par la suite membre du jury des différents concours auxquels il avait déjà participé avec succès.

« L’évasion ». Dessin au crayon.

Les œuvres d’Agim Sulaj s’inscrivent sur deux tableaux qui parfois se rencontrent. (voir le tableau de Mère Teresa ci-dessous). Le premier, celui de la peinture à l’huile, plus profond et intimiste, est fascinant par sa technique notamment lorsqu’elle est hyperréaliste. Le second, celui des dessins surréalistes et satiriques, à travers lesquelles il offre sa vision de la société est tout aussi fascinant par son approche. Indépendamment du courant artiste dans lequel il s’exprime, les thèmes de prédilections d’Agim Sulaj sont les mêmes. L’enfance est un thème récurrent : les distractions juvéniles simples, les plages rocheuses de Vlorë sont des réminiscences de sa propre enfance. La liberté, cette condition humaine qui faisait tant défaut dans l’Albanie communiste est un autre de ses thèmes favoris. D’autres sujets, tout aussi universels qu’actuels comme : la pauvreté, la faim, l’immigration, l’environnement et la religion font aussi partie de son bagage artistique, ou plutôt de la valise en carton déchirée de son « étranger »  qui, à travers ses voyages, sème peu à peu une partie de soi.

« Mère Teresa » Peinture à L’huile. (Surréaliste et hyperréaliste à la fois.)

L’unique ambition de cet article est de vous faire découvrir l’artiste ainsi que ses œuvres. Par conséquent, nous vous invitons vivement à découvrir le travail d’Agim Sulaj en visitant son site web : agimsulaj.com. Ainsi que le site de l’atelier André Girard, où vous y trouverez l’intégrale de ses œuvres : http://www.atelier.angirard.com/expositions/agim-sulaj/

* En 1913, Otto Witte, un clown allemand, parvint par une ruse à se faire passer pour le neveu du sultan qui allait être couronné roi d’Albanie. Il parvint pendant 3 jours à tromper l’élite albanaise en étant couronné roi ; il posséda même un harem. Il mourut en 1958. Son inscription funéraire indique toujours aujourd’hui : Ancien roi d’Albanie.   

** Inspiré de la « Pyramide » de Ponzi, ce système financier provoqua la ruine des Albanais. Cela généra des fortes émeutes en 1997, frôlant la guerre civile.

    Galerie

    Sources :

    Ouvrages :

    • Manifestes du surréalisme. André BRETON – Folio.
    • Dada est tatou. Tout est dada. Tristan TZARA – Flammarion

    Sites :

    • www.agimsulaj.com
    • http://www.ecc-kruishoutem.be/Agim_Sulaj_FR.html
    • http://www.irancartoon.com/120/New%20Folder/Agim.htm
    • http://www.fanofunny.com/guests/cartoonsea/2010.html
    • http://irreductible.naukas.com/2008/12/26/otto-witte-el-astuto-artista-de-circo-que-reino-en-albania-durante-cinco-dias-en-1913/
    • http://anticercles.blogspot.ch/2008/09/quand-les-pyramides-mnent-lanarchie.html
    • http://www.atelier.angirard.com/expositions/agim-sulaj/

    Film :

    • Agim Sulaj, në galerinë Kombëtare të artëve, Tiranë 2008 : https://www.youtube.com/watch?v=a8rI3XBlsj4
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