Si l’on venait à examiner sur ce point la pensée de Jean Jaurès, on constaterait que son ambition pacifiste et humanitaire était le produit du terreau jacobin. Son énigmatique formule publiée dans "L’Armée nouvelle" en 1911 trouve ici une explication : « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène ». Cette citation témoigne d’un va-et-vient sémantique entre deux idées apparemment contradictoires. L’une soutenant l’autre et vice versa. Selon Jaurès, le patriotisme tout comme l’internationalisme sont des forces pacifiques qui supposent l’existence des droits du genre humain. Cet idéal n’est cependant réalisable que si l’on obtient l’unification des conditions économiques dans un vaste collectivisme à l’échelle des pays industrialisés. La paix universelle est à ce prix. En revanche, la société humaine ne peut se satisfaire d’un peu de patriotisme, car l’on justifierait ainsi la guerre entre les peuples. Elle ne peut pas non plus se contenter d’une dose d’internationalisme, car cela reviendrait cette fois à accepter les ententes entre les pays au nom de calculs d’intérêts susceptibles de favoriser l’anarchie économique conduisant immanquablement à la guerre. Et c’est pourquoi au-dessus de la patrie est posée comme une surpatrie, l’Internationale, dépositaire de la civilisation collectiviste.

Jean Pierre Deschodt
Le patriotisme de l’internationale à l’épreuve de la première guerre balkanique, p.112
21.05.2016