Edon Duraku

Le combat des mots

Les fascistes, les bourgeois, les réactionnaires ne cessent aujourd’hui d’essayer à déposséder les mots de leur sens, notamment ceux qui servent à les désigner. Retirer aux mots leur sens, c’est empêcher de nommer les idées qu’ils désignent — et donc de les combattre, c’est chercher à se fondre dans la masse, se maquiller pour passer inaperçu et rendre vaine la lutte de ceux qui cherchent à les combattre. Cela participe à ces idées de se répandre progressivement dans la société. Toute tentative de relativisation sur ces mots, ces idées, volontairement ou pas, conduit à la reproduction de ceux-ci.

L’extrême-droite cherche également à combattre les idées progressistes en qualifiant leurs adversaires de « wokes », « islamo-gauchistes », « racistes anti-blancs », « féminazi » ou encore « le lobby LGBTQ » etc. Si ces termes sont dénués de sens, ils participent malheureusement au développement des idées de droite et d’extrême-droite dans notre société.

Je pense qu’il ne faut pas diaboliser, tout comme il ne faut pas banaliser les idées d’extrême-droite. Il ne faut pas diaboliser, car elles sont aussi des idées que partagent nos amis, des personnes de notre entourage familialle, bien souvent à leurs dépens et c’est parce qu’elles ne sont pas désignées comme fascistes ou fascisantes, qu’elles continuent de progresser. Les idées d’extrême-droite sont par essence banales, elles arrachent aux êtres-humains ce qu’il y a de plus vil, de plus primaire, de plus violent et de plus faible en eux. Dans une société où la violence, l’oppression et l’exploitation sont monnaie courante, il est plus facile d’extirper en nous ce qu’il y a de plus infâme. Leur banalité est précisément ce qui les rend si dangereuses : elles s’infiltrent dans les esprits avant de se cristalliser politiquement et éclore sur le plan politique pour devenir réellement dangereuses. Ainsi, les idées d’extrême-droite ne doivent pas être banalisées, car elles sont justement banales. Elles sont in principio banales et in fine dangereuses.

Cela n’empêche pas qu’on doive nommer ces idées, ces mots pour ce qu’ils sont : fascisme : fascisme ; bourgeois : bourgeois, réactionnaires : réactionnaires.

Edon Duraku
29.09.2022