Le rapport entre le problème du commencement et le phénomène de la révolution est évident. Qu’un tel commencement doive être étroitement lié à la violence, voilà qui semble attesté par les débuts mythiques de notre histoire, que ce soit dans la Bible ou l'Antiquité classique: Caïn tua Abel, Romulus tua Remus; la violence fut le commencement et, de la même façon, nul commencement ne pourrait advenir sans recours àla violence, sans violation. Les premiers actes que notre tradition biblique et séculière ait enregistrés, qu’ils soient tenus pour légendaires ou passent pour des faits historiques, ont traversé les siècles avec cette force qu'atteint la pensée humaine dans les rares occasions où elle crée de puissantes métaphores ou des récits de portée universelle. La parole du récit était sans équivoque: toute la fraternité dont les humains sont capables est issue d'un fratricide, toute organisation politique que les hommes ont pu mettre en œuvre trouve son origine dans un crime.
