L’ironie est faite pour ne tromper personne, sinon ceux qui l’a considère trompeuse. Soit parce qu’ils jouissent de son art raffiné et impudent de tourner tout le monde en dérision, soit parce qu’ils se sentent, au contraire, eux aussi visé par elle. En elle, tout doit être à la fois jeu et sérieux ; à la fois direct et franc ; et en même temps profondément dissimulé. Elle naît de l’union du savoir-vivre et d’un esprit scientifique, de la conjonction d’une philosophie à la fois parfaitement instinctive et parfaitement consciente de soi. Elle consiste et résulte en un sentiment du conflit insoluble entre l’absolu et le relatif, de l’impossibilité et en même temps de la nécessité d’une communication totale entre l’absolu et le relatif. Elle est la plus libre des libertés, car à travers elle, on se transcende soi-même, mais aussi la plus légitime car elle est absolument obligatoire. C’est bon signe que les béotiens ne sachent pas comment réagir devant cette constante parodie de soi-même, qu’ils n’hésitent constamment entre croyance et méfiance, jusqu’à ce qu’ils se sentent ivres et ne voient que bouffonnerie dans le sérieux et sérieux dans la bouffonnerie.

Friedrich Schlegel
XIXème siècle
01.10.2015